BISMILAHI RAHMANI RAHIMI - Monsieur le Khalife Général des Mourides,
El Hadji Mouhammadou Lamine Bara Mbacké, - Monsieur le représentant du Chef de l’Etat, - Messieurs les distingués membres de la grande et prestigieuse
famille d’El Hadji Falilou Mbacké, - Messieurs les notabilités religieuses et coutumières, - Mesdames et messieurs les ministres, - Messieurs les ambassadeurs, - Mesdames et messieurs les parlementaires, - Monsieur le Gouverneur de la région de Diourbel, - Chers et honorables invités, El Hadji,
Pour
respecter la tradition, je me dois, conformément à votre
bienveillante, mais insistante invitation, de brosser rapidement,
succinctement, et à grands traits, un portrait furtif
d’El Hadji Falilou Mbacké, dont nous commémorons
aujourd’hui l’anniversaire, dans la ferveur et
le recueillement. Je
laisserai à vos distingués frères, éminents érudits
sortis des grandes universités orientales et occidentales,
et qui sont plus qualifiés que moi pour le faire, le soin
de parler du coté spirituel du personnage. Personnage
dense, riche et dont le caractère multidimensionnel n’est
plus à démontrer. Je me bornerai pour ma part, à vous parler d’un
autre El Hadji Falilou Mbacké méconnu, celui la.
De l’El Hadji Falilou Mbacké économiste,
et écologiste. Sous forme de témoignage. Sa
vie exemplaire, et son œuvre gigantesque constituent
un trésor inépuisable, dont l’humanité toute
entière peut tirer profit pendant longtemps, très
longtemps. C’est pourquoi, il nous parait utile, opportun et pertinent,
de rappeler à ceux qui ont eu le privilège de l’avoir
connu, et par la même occasion d’apprendre aux générations
présente et future, qui n’ont pas eu ce bonheur,
certains aspects de son oeuvre, féconde et bénéfique. Dans
les années 50, bien avant les indépendances,
et en pleine période coloniale, El Hadji Falilou Mbacké fut
le seul à prôner le retour à la terre, à dénoncer
l’exode rural, et à prêcher pour la réhabilitation
de la condition paysanne, pour rendre sa fierté au cultivateur,
considéré alors comme un paria, situé au
plus bas de l’échelle sociale. Dans
plusieurs discours officiels et publics, prononcés à l’occasion
des Grands Magals de Touba et des rassemblements de ce genre,
et radiodiffusés par Radio Dakar, alors radiodiffusion
de l’ Afrique Occidentale Française, il recommandait,
de privilégier l’agriculture, seule capable non
seulement de nourrir le Sénégal, mais aussi de
supporter et de développer son économie. A
une époque où les gens étaient tournés
vers la course effrénée à l’acquisition
immédiate des biens matériels, que seule une culture
de rente comme l’arachide pouvait procurer, ces idées
novatrices d’El Hadji Falilou Mbacké ne parlaient
pas à l’esprit des gens. Il conseillait, parallèlement à l’arachide,
de privilégier les cultures vivrières, pour assurer
l’auto suffisance alimentaire. Car, garnir son portefeuille
au détriment de son ventre, n’avait pas beaucoup
de sens pour lui ; puisqu’on sera contraint de vider son
portefeuille pour garnir son ventre. Et si, entre temps, les
termes de l’échange changent, le contenu du portefeuille
ne suffira plus pour remplir le ventre. C’est ce qui est
arrivé actuellement au monde, et qui préoccupe
gravement tous ses dirigeants. Le récent sommet du G8,
au Japon, en est l’illustration. Mais
dans l’euphorie des indépendances nouvellement
acquises, beaucoup de pays du tiers monde, dont le Sénégal,
ont commis l’erreur monumentale de croire qu’on pouvait
passer directement aux secteurs secondaire et tertiaire, en sautant
le secteur primaire. D’où la négligence dont
fut victime l’agriculture. La fascination exercée
alors par l’industrialisation fut si forte que l’agriculture
fut délaissée, reléguée au second
plan. Ce fut un mirage de l’indépendance. Car l’agriculture
est le support indispensable et irremplaçable de l’économie.
Tous les leaders le reconnaissent aujourd’hui El
Hadji Falilou Mbacké ne s’est pas contenté de
prêcher la bonne parole. Il a donné lui-même
l’exemple, en étant le premier à se lancer
dans la mécanisation de l’agriculture, en achetant
des tracteurs de marque « « Massey Harris » et « Ferguson »,
devenant ainsi un pionner dans ce domaine. Il
fut également le premier à pratiquer l’Engrais
Vert, ce qui était à l’époque une
innovation inouïe, d’abord dans sa concession agricole
de Alia, du temps de la colonisation, et à TOUBA Bogo
après l’indépendance. Il pratiqua aussi la
jachère des sols et l’instauration des brise vents. Si
on l’avait écouté à temps, on aurait économisé un
demi siècle de tâtonnements, et épargné à nos
pays bien des vicissitudes. Son tort, comme celui de bien d’autres
visionnaires, est qu’il était en avance sur son temps.
Mais comme il n’était sorti d’aucun temple occidental
du savoir, qu’il était un africain, de surcroît
un religieux, il ne semblait avoir aucune compétence en
la matière face aux agrégats économiques professés
par de célèbres spécialistes issus de grandes
universités modernes. Et son discours ne fut pas suffisamment
relayé par les médias, ni propagé à travers
le monde. Or, sa profession de foi était que seule la terre
peut régler les problèmes de l’homme. L’histoire a donné raison à El Hadji Falilou
Mbacké, car la crise agricole mondiale qui frappe tous les
pays, et dont les effets néfastes n’épargnent
personne, résulte de l’inobservation de ses recommandations éclairées.
C’est entre autres, un des effets de l’ethnocentrisme. Les plus grandes sommités intellectuelles et scientifiques, économiques
et politiques, reprennent maintenant en chœur et dans une émouvante
harmonie, les idées de ce modeste paysan de TOUBA, lancées
il y a un demi siècle, du haut de cette même tribune,
et répétées depuis, à maintes occasions. Ceci est une contribution de poids au combat pour la réhabilitation
de l’homme noir. Nous
ouvrons ici une parenthèse pour souligner qu’en
agissant ainsi, Hadji Falilou Mbacké ne faisait que perpétuer
une tradition solidement ancrée. Tout le monde sait que
l’essor et l’expansion de l’agriculture sénégalaise
sont le fait incontestable de la communauté mouride, depuis
Serigne Moustapha Mbacké, en passant par Serigne Abdou Lahad
Mbacké, Serigne Abdou Khadre Mbacké, jusqu’à Serigne
Saliou Mbacké, qui avec Khelcom, les a portés à des
sommets jamais atteints. Dans
le domaine de l’écologie, il a été aussi
un précurseur. Car, en même temps qu’il prônait
le retour à la terre, il exhortait les paysans à protéger
la forêt, dont il conseillait la régénération
au fur et à mesure de son utilisation. Ceci pour éviter
la déforestation et la désertification. A coté des revenus tirés de l’agriculture,
il conseillait aux paysans, aux habitants de la brousse de profiter
des immenses ressources de la forêt dont l’utilisation
rationnelle permettait l’augmentation substantielle de leurs revenus.
Tout arbre abattu, devait être remplacé par la plantation
d’un autre. Il
a combattu ardemment les feux de brousse, dont il dénonçait
la nocivité sur les sols, la nature, l’environnement
et l’atmosphère. On ne parlait pas encore d’effets
de serre, ni de destruction de la couche d’ozone. Protecteur
de la faune, il achetait par milliers, des oiseaux encagés de toutes sortes qu’il faisait libérer
ensuite. Et l’on peut dire avec certitude, que si certaines
espèces de la gent ailée n’ont pas disparu
de la nature, l’action d’El Hadji Falilou y est pour
quelque chose. Il fut un grand artisan de la propagation du couvert
végétal du pays par la création de nombreux
villages ombragés, érigés en pleine savane. Retour à la terre, halte à l’exode rural,
promotion des cultures vivrières, éradication de
la tyrannie de la monoculture, réhabilitation de l’agriculture
en lui rendant ses lettres de noblesse, défense de l’écosystème,
de la biodiversité, protection de la flore et de la faune,
reforestation, tous ces concepts dont nous sommes aujourd’hui
inondés, et dont certains apparaissent comme des découvertes
récentes de l’ Occident, El Hadji Falilou Mbacké les
avait trouvés et appliqués il y a près de
soixante ans, sans laboratoires, ni bancs d’essai. C’est
pourquoi, nous pensons qu’il mérite largement le prix
Nobel d’économie, doublé du prix Nobel d’écologie, à titre
posthume. Mais
quand nous disons prix Nobel, c’est simplement une
façon de parler. Car, si convoités et prestigieux
qu’il soient, et en dépit de tout le respect qui leur
est dû, les Nobel comme toutes les autres distinctions de
ce genre, n’ont, aux yeux d’El Hadji Falilou Mbacké,
qu’une valeur futile et éphémère, parce
que décernés ici-bas par de simples mortels. Les
seules médailles qui vaillent pour lui, sont celles conférées
dans l’au delà par le Très Haut, et qu’il
a décrochées de longue date. Nous
demandons au Tout Puissant, El Hadji, de vous laisser longtemps
encore
devant nous, avec une santé de fer, pour qu’entouré de
vos frères, vous puissiez porter plus haut le flambeau que
vous ont laissé vos illustres prédécesseurs. En
parlant de flambeau, vous venez de le recevoir des mains d’un
homme de foi, d’une carrure spirituelle exceptionnelle, qui
aura marqué son époque d’une empreinte indélébile.
Je veux nommer Serigne Saliou Mbacké (que Dieu nous fasse
bénéficier des Grâces dont il l’a gratifiées)
qui vient clôre admirablement la lignée des Fils du Fondateur à la direction de
la confrérie mouride. La
mission remarquable et remarquée qu’il a accomplie
durant son magistère, tant au niveau de la Mosquée,
de la Ville Sainte de TOUBA, du Mouridisme, que la Ummah, scintille
de mille feux dans le firmament de la galaxie des apôtres. Cela
n’en rend votre tâche que plus ardue, car succéder à un
tel devancier n’est pas chose aisée. Mais nul doute
qu’avec le soutien mystique d’El Hadji Falilou Mbacké,
qui vous a déjà balisé la voie, vous réussirez
brillamment. Vous, El Hadji Bara, à qui revient l’insigne
honneur d’ouvrir l’ère de l’accession
des petits fils du Fondateur à la barre de la Confrérie. Al
Hamdou Lilahi Rabbal Alamin. Dieuradieuf Serigne Falilou Mbacké.
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