

Forum culturel sur le mouridisme au CICES de Dakar le 03 novembre 2001
Thème : CHEIKH AHMADOU BAMBA l’Abreuvoir des assoiffés
DISCOURS INTRODUCTIF DU RESPONSABLE MORAL
DE HIZBUT-TARQIYYAH SERIGNE ATOU DIAGNE
Au Nom de DIEU le CLEMENT, le MISERICORDIEUX.
De prime abord, l’intitulé du thème pourrait susciter une problématique qu’il serait bon d’en définir toutes les dimensions.
Certes abreuver un assoiffé c’est satisfaire quelqu’un dans le besoin de boire ; d’autres diront c’est plutôt lui étancher la soif. Dans une telle hypothèse, suffirait-il simplement de disposer d’une eau buvable pour désaltérer ? C’est vrai, si soif traduit un simple besoin de l’organisme.
Si ce n’était la perspicacité qui anime beaucoup d’entre nous, et j’en connais d’autres qui sont d’une sagacité électronique, on s’en limiterait simplement à cette dimension.
L’abreuvoir n’a pas à abreuver un spécimen standard car parmi les assoiffés il y’a les buvards, c’est ceux qui boivent comme un trou ; il y’a ceux qui lampent, eux ils boivent beaucoup et vite. Il y’a par contre ceux qui boivent à petit coup, il y’a les soiffards et ceux qui meurent de soif en venant s’abreuver.
De ce point de vue, le paramètre quantité et source seront pris en compte, si donc chacun a sa soif et si tout le monde veuille s’abreuver en même temps.
Donc quelle capacité pour ne pas dire carrure ou dimension, si capacité est synonyme d’immensité, faut-il donner à notre abreuvoir ? Est-il pérenne ou temporaire dans sa source ?
Quelles spécifications lui faudrait-il pour abreuver en même temps tous les cas possibles d’assoiffés et ce, quelque soit la nature du breuvage, sa provenance pour ne pas dire sa patrie.
Quelque soit l’appartenance, j’entends la patrie ou les frontières, la couleur de l’épiderme ou la gent : race, nation ou peuple, homme femme ou enfants, valide ou handicapés.
Etre l’abreuvoir des assoiffés, c’est pouvoir l’assurer à ceux-ci en même temps, mais tout le temps jusqu’à l’infini et l’au-delà surtout, car si nous sommes assoiffés, nous le serons pour ici-bas et pour l’au-delà.
Dès lors qu’il est question d’ici bas et de l’au-delà ; et du rapport assoiffé et abreuvoir, ne faudrait-il pas définir le cadre dans lequel nous entreprenons le sujet à étudier ? l’Islam est certes le domaine dans lequel s’inscrit notre sujet, CHEIKH AHMADOU BAMBA, Abreuvoir des assoiffés.
De quelle soif, de quels assoiffés peut-il s’agir en vérité ?
Dans le domaine d’étude que nous nous sommes assigné, l’Islam en l’occurrence, qui vit dans un monde où la loi du plus fort, devant la Puissance et la Force de DIEU, n’a cessé de prévaloir dans ce monde où le faux et l’injustice a toujours voulu noyauter la VERITE et la JUSTICE.
Regardons derrière nous l’avènement de la traite négrière qui, durant un peu près de 3 siècles s’est soldée jusqu’à la 2ème moitié du 19ème siècle par des cicatrices et des plaies encore fraîches, des jérémiades et des cris de soupirs de douleur attendant un sauveur.
Tout près de nous encore, l’aristocratie locale sevrée dans la légèreté à assouvir les désirs bassement terrestres, avait fait du sang du peuple leur eau d’ablution.
L’Islam a tenté d’apporter une solution à cette crise, à ce marasme, à tous ces génocides, mais malheureusement, il employa les armes et l’effusion de sang. Les victimes augmentèrent, mais les tentatives musclées de ces théocraties souffrirent vite de l’opposition d’une part de l’aristocratie locale et d’autre part de ces français qui jusque là s’en tenaient à leur stationnement sur nos franches côtières et voulurent exploiter l’opportunité du vide et de la faiblesse des guerres fratricides découlant de ce commerce douloureux. Ils engagèrent la mainmise coloniale.
Ce n’était plus le comptoir mais la domination des plus draconienne du Cayor, des léboues, du Ndiambour, du Baol et du Fouta jusqu’au Gabou.
L’islam, je le disais, qui a été victime de l’envahisseur et de l’autochtone et du concert des deux allait être le prétexte de première entrée en scène de Cheikh Ahmadou Bamba.
J’en profite pour rendre hommage et m’incliner pour les minutes de silence que je remplace en prières à ces preux, les magnanimes :
· ElHadji Omar Foutiyou Tall disparu dans les falaises de Bandiagara
· Souleymane Baal
· Abdel Kader
· Tafsir Maba qui acheva ses jours à Somb.
· Ahmadou Cheikhou le lam toro qui fut la grande victime de Samba Sadio
· Mamadou Lamine Dramé tué à Lamen-koto
Et à ceux qui ont tenté :
· Lat Dior
· Samba laobé
· Alboury et autres.
Qu’est ce qui allait être le prétexte, c’est la bataille de Samba Sadio à la suite de laquelle SERIGNE TOUBA contesta la " fatwa " que les cadis et jurisconsultes prononcèrent au sujet du butin de guerre. Comment ?
C’est Ibrahima Macodou Diop demi frère de Lat Dior qui se convertit à l’Islam et se soumit à SERIGNE TOUBA qui lui recommanda aussitôt de rendre toute la partie de ses biens qui appartenaient au butin de guerre de Samba Sadio et de libérer les esclaves capturés et qui étaient sous coupe.
C’était une attitude de contestation énergique, cette guerre était entre musulmans, donc le sang est nul, pas de prix du sang (diya), mais le butin doit être restitué.
Un son nouveau sonna dans le clairon de l’Islam, mais l’écho ne laissa personne indifférent.
Les jarafes, les linguères et le Damel lui même, bien que faible devant la piété ardente de Khadimou Rassoul, furent touchés du tréfond de leur amour propre.
Le sang royal sentit un défi lancé par Mouhammadou Bamba, comme on aimait l’appeler dans cette contrée, l’état major et la cour toute entière poussèrent Lat Dior à réprimer avec force cette attitude de rébellion de ce jeune homme qui ne pouvait avoir selon eux un rang autre que celui de simple sujet.
Avant même l’acte d’allégeance de Ibrahima Macodou Diop, une rumeur persistait de façon soutenue au sujet de la contestation par Mouhammadou bamba de la fatwa des oulémas de la cour de lat Dior.
Le souverain Cayorien l’appela à plusieurs reprises et c’est dans l’une de ses réponses que le cheikh lui signifia ceci : " ce n’est ni par fatuité ou outrecuidance que j’ai délibérément refusé de répondre, ce n’est pas par peur aussi de vous rencontrer, ou de rencontrer votre aréopage juridique, vos hommes de droit, savants ou juges, mais pour comprendre mon refus, référez-vous à la réponse de Malick ibn Anas à votre homologue souverain Harouna Rachid, à savoir : vous ne cherchez pas la science et préfériez les avantages de ce bas monde, je ne suis pas donc disposé à composer avec vous. J’ai honte que les anges me voient devant la porte des souverains pour des choses périssables. "
La cour s’acharnait à irriter davantage le roi pour des mesures décisives, certainement pensaient ils aux quatre marabouts de Louga soupçonnés alliés de Ahmadou Cheikhou que le Cayor a tués à la suite d’un piège qu’on leur a tendu, et ce fut dans ce plein contexte d’enthousiasme qu’ils reçurent une notification ferme de l’envahisseur qui venait de rompre leur alliance avec eux, fustigeant la présomption du roi en construisant le chemin de fer Dakar-Saint-Louis.
Voilà qu’au lieu de prendre des mesures contre le Cheikh, cette cour avec leur tournure rocambolesque et pamphlétique contre le Cheikh était obligée rapidement et sans délai de prendre à nouveau le chemin du saloum, malgré eux.
Le souverain et les cadis devaient alors mettre leur science et leur érudition en bon tête de fil au service du convoi.
La discorde, le manque de cohésion qui prévalaient dans son armée l’ayant affaibli au point de ne pouvoir résister à l’envahisseur, c’est la fuite qui s’imposait.
J’encadre et mets en caractère gras un fait qui mérite d’être rappelé, à savoir : Pour arrêter Ahmadou Cheikhou qui avançait sous la couleur de l’Islam, il a fallu que Lat Dior noua une alliance avec Alboury Ndiaye et la France.
Serigne Bachir Mbacké nous dira que l’histoire se répète décidément, car cette histoire rappelle celle de Khalid ibn Abdallah al Dhunhali Gouverneur de Province et Mouhammad ibn Ismâ’il de Boukhara, plus connu sous le nom de Boukhâri.
Le théologien refusa pour les mêmes raisons de répondre au souverain. Ce dernier l’expulsa de la ville. Mais curieusement, peu de temps après (quelques jours seulement) ce souverain fut déchu, perdit son prestige et finit ses jours en prison.
Cette première entrée dans la scène politico-religieuse ou géo-politique a rassuré les musulmans, cette foi inébranlable devenait dès lors un idéal de grandeur, une morale, une dignité, une soumission à DIEU et DIEU exclusivement ; les premiers contours de l’indépendance du culte rendu à DIEU se dessinèrent et ne connaîtront plus jamais de recul.
La valeur, l’héritage légué par le Prophète qui flétrissait commençait à se réhabiliter. Retenons cette date qui correspond exactement avec l’an 1300.H comme un point de fracture de l’histoire, où l’époque et la communauté musulmane mourraient certes de soif, mais voilà qu’un abreuvoir se proposa de leur redonner espoir.
Son implication dans les affaires du butin de Samba Sadio lui ont permis de confirmer la position qu’il avait eue à l’occasion de l’oraison funèbre de son père, lorsque les dignitaires lui suggérèrent d’accepter d’occuper la fonction de conseiller du roi (le damel). Il déclina l’offre et écrivit :
" Penche vers les portes des sultans m’ont-ils dit, afin d’obtenir des dons qui te suffiraient pour toujours "
" DIEU me suffit, ai je répondu et je me contente de lui, rien ne me satisfait si ce n’est la
religion et la science "
" Je ne crains que mon Roi et ne porte mes espoirs qu’en Lui, comment disposerais-je ma destinée entre les mains de ceux-là qui sont incapables de régler leur sort ? "
Si on considère ces deux faits marquants, nous pourrons qualifier l’an 1300/1301.h (1882) comme le début de la reconquête de l’indépendance du culte rendu à DIEU. Personne ne me dira qu’il n’a pas une ascendance au Fouta ou au Cayor, c’est dire donc qu’en plaidant la cause de Ahmadou Cheikhou le lam toro et en rappelant aux sultans leur servitude vis-à-vis de DIEU et à l’élite de l’orthodoxie musulmane, le retentissement envers sa personne se décréta.
La royauté, la France conquérante et son christianisme avec, se braquèrent vers lui et il porta dès lors les griefs de l’ISLAM ; et les musulmans traqués et désespérés trouvèrent vite refuge en lui par la religion musulmane.
Avant même le retentissement de SERIGNE TOUBA sur la scène politico-religieuse, le pays avait besoin d’un messie avec grand espoir et d’un libérateur avec impatience. C’est toute la communauté qui était dans le soif de renaître, mais cette fois l’abreuvoir se revendiquerait au prix des épreuves que quiconque transcendera en portera le titre éternellement et pour toujours.
Alors j’élève une équation entre nous, faut-il que nous adjugions ces épreuves à SERIGNE TOUBA par zèle ou fanatisme simple, croiriez-vous qu’un autre puisse se l’adjuger gratuitement ou par duplicité ; non, des épreuves on les supporte, elles font l’objet d’une évaluation, d’une délivrance et d’une action de grâce sanctionnant la fin des épreuves, mais aussi le début des épreuves.
Cheminons un peu ensemble pour voir le retentissement dans les années 1300/1301.H soit 1882/1883. On nous fait remarquer que le pays était déjà islamisé avant SERIGNE TOUBA, cela était un fait ; la propagation de la religion musulmane avait atteint toutes les limites géographiques du pays. Nous tous étions de souche et de parents révérendissimes ; nos pères, nos mères, nos ancêtres étaient des marabouts retirés sur eux-mêmes, des religieux préférant s’adonner à une pratique cultuelle anachorétique.
Chacun était soit un porteur de Coran (hâfiz), docte, jurisconsulte ou exégète ; mais cela était presque lettre morte pour la communauté, parce qu’ils n’œuvraient en rien pour l’intérêt supérieur de la communauté, célébrant le Maouloud (Gamou), les fêtes du jeûne et du sacrifice à domicile.
Ainsi, personne n’avait le courage et n’osait répondre à l’appel du " dessein commun ", c’était une pusillanimité totale de la part de chacun, la réserve, l’abstention ; il n’y avait plus sur la scène une référence publique suffisante à laquelle la communauté pouvait se fier ou se réclamer.
Pas un seul d’entre eux n’a voulu assumer, au nom du Dâr al Islâm, les griefs du peuple, les maux de la société sénégalaise, assiégée par la France qui a définitivement réglé le sort des dernières résistances.
Cette France qui profitait de cette crise religieuse et morale, de cette dislocation sociale, pour remodeler la société sénégalaise dans les valeurs de l’occident chrétien.
Mais voyons d’abord la dimension, la démarche (moyens et stratégies) de notre Cheikh Ahmadou Bamba, dans cette véritable reconquista face à une communauté qui avait soif de recouvrer son originalité, son être, mais qui allait y renoncer ; d’un peuple qui avait soif d’une autorité adéquate qui lui servirait de conscience morale, qui lui rendrait son code de vie, l’Islam en l’occurrence, cet Islam qui s’assimile à la sensibilité de toute peuple, à qui il rend la splendeur de sa grandeur.
La solution du Cheikh, sachons le, n’a jamais contrarié le Commandement Divin, une sentence sacrée (hadîth qudsi) rapportée par Baykhaki et Khatib nous dit que le Prophète, au retour d’une expédition militaire - il s’agit de la légendaire bataille de Bedr - disait aux combattants :
" Nous voici revenus du petit Jihâd pour nous engager dans le grand Jihâd, l’effort de l’âme ".
L’effort de l’âme est entendue dans la tradition musulmane comme la lutte ou le combat intérieur qu’il faut mener contre les vices et les passions, un combat devant s’irradier en quelque sorte à tout acte de la vie quotidienne, dans la perspective d’assainir les moeurs de la société selon la Législation Islamique.
Dès lors, en considérant que le Jihâd du sang versé est une prescription communautaire ou suffisante (kifâya), il s’adresse à l’ensemble du Dâr al Islam, donc il oblige l’ensemble des musulmans et non chacun individuellement.
Aussi en convenant que le Jihâd, dans son principe, n’est point une extermination des infidèles, il reste à coup sûr une guerre sainte dans le sens d’un appel aux Droits de DIEU. Tel doit être le sentiment qui anime le vrai mujâhid.
Ce combattant mujâhid sur le Chemin de DIEU ne l’est en vérité que si l’effort de l’appel se fait jusqu’au prix du sacrifice de sa vie à lui et non celle de l’autre, ce qui faisait de lui un témoin (Shahîd) et lui donnait une mort bénite, lui accordant la rémission des péchés et lui ouvrant les portes du Paradis.
La guerre sainte n’est pas synonyme de suicide (causer sa propre mort). Allah étant Seul Dispensateur de la mort, pardonnerait-Il qu’un autre que Lui, sans sa Permission, engage les croyants au nom de l’Islam dans une hécatombe ? Aussi, un commandeur qui n’a pas le droit de se tuer de peur du châtiment infernal, justifierait-il la perte de la vie d’autrui - son frère en religion - sans la Permission de DIEU ?
Donc en référence à l’après Bedr et dans une perspective sunnite et orthodoxe, Cheikh Ahmad notre vénéré guide condamne la proclamation du jihâd à des fins de politique profane, de concupiscence ou d’hégémonie ; son appel, conforme à celui avec lequel le Prophète a libéré tous les peuples, n’a pas besoin de guerroyer, il nous le dit dans Jazbul Qulûb :
" C’est dès ce Jour (la bataille de Bedr) que nous pouvons nous passer de guerre et de combat jusqu’au Paradis et depuis, le temps nous est agréable avec l’agrément de nos services. "
" C’ est également depuis ce Jour que nous avons la garantie contre l’inquiétude, la peine et la honte, contre la tristesse et le regret. "
Cette digression très brève situe déjà le personnage du Cheikh Ahmadou bamba dans la perspective qui semble bien être en parfait accord avec les dernières directives de l’Elu à Arafat, lors du dernier pèlerinage :
" Ne point verser le sang inutilement et détruire les biens, car le sang et le bien des autres sont sacrés, le sang se paye par le sang "
C’est à partir de cette noble démarche qui est sans doute le prolongement logique de la mission et des enseignements du Prophète (Paix et Salut sur lui), que nous allons esquisser de façon générale les deux grandes étapes qui ont à coup sûr préparé la conquête fervente de l’indépendance dans l’exercice du culte rendu à DIEU.
Dans la période antérieure au rappel à DIEU de son père, le vertueux jurisconsulte Serigne Momar Anta Saly Mbacké en l’an 1300.h (1882), l’histoire avait déjà retenu le nom de CHEIKH AHMADOU BAMBA.
Les qualités morales, intellectuelles et religieuses qu’il avait prouvées d’une part, le stade de dévotion à DIEU qu’il avait atteint en 1300.h (1882) d’autre part, étaient sans équivoque de l’apanage exclusif des hommes de DIEU, des saints.
Il avait épuisé toutes les disciplines littéraires et religieuses de l’érudition, il avait de rares vertus morales, car il n’était esclave ni des futilités du bas-monde, ni du service ou de l’autorité d’un dominateur (chefs locaux et envahisseurs) - en témoigne le contenu de sa réponse aux dignitaires que nous avons évoqué plus haut, à la suite de l’oraison funèbre de son père, déclinant l’offre du bénéfice de l’obligeance des rois.
De ses confrontations avec les élites de l’orthodoxie littéraliste, il sortait des verdicts qui augmentaient leur crainte envers DIEU ; les grands maîtres de la gnose animés du dessein de l’éprouver découvraient leurs lacunes dès les premiers contacts.
De ses confrontations avec les sultans locaux, les riches, il disait : " je me suffis à DIEU " et leur apprenait qu’ils sont des esclaves de DIEU et quelque fois, c’est au milieu de l’assemblée des courtisans qui les vantaient de paroles hyperbolique, qu’il leur faisait le reproche. "
Ce comportement de preux, rétablissait les Droits de DIEU, faisait de lui un flambeau au milieu des siens, éveillait les âmes qui s’en édifiaient de plus en plus ; leur foi musulmane devenait de plus en plus intraitable. A sa présence ou à ses côtés, on rendait à DIEU ses Droits, à savoir : la soumission ; aux hommes aussi leur droit, à savoir : la servitude envers DIEU.
Borom Touba donc, dès le début - deuxième moitié du 19ème siècle - assumait déjà toutes les conséquences de sa conduite hautement spirituelle et s’armait d’une détermination à supporter tous les sacrifices, à savoir : les défis qu’il voulait relever dans la Voie droite au pris de sa propre vie et ce, pour la Face de DIEU, le SUBLIME.
Il était intransigeant pour les choses sacrées, il s’appliquait à la plus haute perfection aux exercices de piété, n’acceptant ni compromis ni dérogation pour les choses qui touchent les Droits de DIEU et des hommes sur terre.
Bref, tout le monde présageait sa haute destinée, voyait en lui le sauveur, le flambeau qui dissipe les ténèbres, l’instructeur et le guide qui perfectionne les mœurs dans le respect et les dispositions de la loi de DIEU ; la communauté musulmane émerveillée de lui, fondait déjà et désormais ses espoirs en lui.
Le rappel à DIEU de son père qui eut lieu une nuit de mardi au mois de muharram 1300.h (1882) à Mbacké Kajoor, venait lui ôter non seulement la tutelle de son père à qui il obéissait religieusement, mais cette année allait révéler la vraie physionomie mystique et spirituelle que cachait notre saint homme.
Il ne continua pas plus d’un an avec les disciples venus soit du vivant de son père ou après, pour acquérir la science - d’ailleurs les apprêts mystiques comme la ferveur pieuse, les litanies, les veillées, les retraites répétées, les escapades, la pérégrination et la profonde pénétration des textes jusqu’à leur quintessence ne le lui permettaient plus.
En l’an 1301.H (1883), devant la pression irrésistible du monde en quête de savoir, le Prophète lui ordonna ce qui suit :
" Ahmadou, dispense à tes disciples une éducation spirituelle (celle qui perfectionne l’individu) et cesse de leur donner une simple éducation livresque (elle n’est que théorique et stérile en soi). "
Il avait donc, sous les bonnes grâces de l’Elu, atteint la station de la lignée très dévote des éducateurs qui sont détachés de toute créature et attachés au Créateur ; ces initiés qui ont les remèdes de toutes les maladies spirituelles du cœur et de tout péril.
Il est très important de retenir cette date, l’an 1301.H, qui est le point de départ de son hagiographie ; ce qui, dans l’histoire, doit être retenu par l’historiographie, si elle se veut nationale ou nationaliste.
C’est la date à laquelle l’Elu a jugé indispensable de l’employer à son propre service et le promut personnage public, le service de notre Prophète restant le salut des créatures.
C’est bien une hagiographie (sîra) entendue dans le sens d’une histoire religieuse.
Il devait être désormais l’exemple choisi par le Prophète pour résoudre la crise Islamique et la reconquête de l’indépendance de la communauté de foi musulmane.
C’est dans ce contexte où le colonialisme consolidait avec confiance ses acquis de fin de conquête que le Cheikh révéla :
" DIEU m’a donné l’Ordre de proclamer que je suis un asile et un recours, quiconque veut le bonheur ici bas et dans l’au-delà doit chercher refuge auprès de moi ".
Par ailleurs l’an 1301.h (1883) est à plus d’un titre le début chronologique de l’hagiographie du Cheikh, il nous le confirme lui-même :
" DIEU a décrété en mission en l’an 1313.h (1895) ce qui, dans mon cœur, fut déjà mon ambition en 1301.h (1883) "
Pour décrypter les ambitions qu’il avait en 1301.h, on se reportera à la sentence sacrée du Prophète à la veille de son rappel à DIEU, à savoir :
"Bonheur à ceux-là qui atteindront le 14ème centenaire de notre ère (1301 - 1400.h / 1883 - 1980) " La parole du Prophète (Paix et Salut sur lui est véridique)."
Au lendemain de la légendaire bataille de Bedr, le Prophète proclama la guerre sainte de l’âme qu’il matérialisa lui-même le Jour de la marche sur la Mecque ; et en 632, au mois de Dhûl Hijja, lors du sermon d’adieu sur le mont de Jabal ar-rahma à Arafa.
A la fin du pèlerinage d’adieu et avant son retour à Médine, il reçut de l’archange Gabriel, la Révélation : " Aujourd’hui, j’ai mis le sceau à votre religion, Mes Grâces sur vous sont accomplies ; il m’a plu de vous donner l’Islam comme Dîn (comme Loi)
Cheikh Ahmadou Bamba a revendiqué la sentence sacrée du prophète. Il a engagé le grand combat spirituel, la guerre sainte de l’âme, en est sorti victorieux ; car c’est au milieu des ennemis qu’il l’a menée sans verser la moindre goutte de sang, alors que durant tout le périple, les ennemis n’ont voulu que sa liquidation physique.
Concernant ceux qui l’ont interpellé à propos de la Religion, il a répondu :
Il faut comprendre que les moyens d’y arriver ne pouvaient pas être simples, car à la fin du séjour terrestre du Prophète (Paix et salut sur lui), l’ISLAM a été établie comme la religion de vérité, la seule religion universelle.
" O toi qui m’interpelles sur la religion élue auprès de DIEU ! tiens toi à la religion du plus Pur des élus "
" Sur lui la Prière de DIEU, accompagnée du Salut, sur sa faction, de la même manière qu’il m’a effacé les griefs "
" Sois convaincu que la seule religion reconnue après de DIEU est notre ISLAM et non celle des gens abusés par des illusions "
" Car celui qui professe une religion autre que celle-ci, sera maudit et jamais il ne sera accueilli dans le Paradis "
Après cette proclamation solennelle, dans laquelle il délivra l’Islam de toutes ses lourdeurs, il s’engagea seul dans la voie d’en faire un héritage pour la postérité.
Il quitta Mbacké Cayor comme dans une longue marche vers l’indépendance dans l’exercice du culte, fit escale à Mbacké Baol au milieu de ses proches qui réagirent vite à son influence et à sa domination.
Au mois de Safar 1304.h, il établit un campement à l’est de Mbacké Baol pour avoir la paix, il l’appela Darou Salâm en attendant l’obtention d’une terre de félicité.
DIEU lui choisit une terre de prédilection pour le culte qu’il veut Lui vouer et au service de l’Elu, ce fut TOUBA la Sainte qu’il bâtit en cité entre la fin de 1305.h et le début de l’an 1306.h (1888)
Il consacra à TOUBA un septennat dans la même constance pour prouver au Prophète qu’il mettrait son âme et ses biens pour le bonheur des créatures dont il avait la garde ; prouver aux impérialistes et aux princes qu’il formerait des hommes affranchis par le travail et que rien ne saurait aliéner, gardant intacte leur dignité.
A Touba, le Prophète l’éleva au rang de Pôle de son époque et conclua avec lui une transaction qui lui permettait d’obtenir la Palme des martyres et de s’aligner au rang des vertueux cavaliers et combattants de Bedr.
Le Prophète lui signifia la forme et les modalités du prix de la transaction : " opposition à tes ennemis contemporains (ce qui suppose le reste de ta vie), exil hors de Touba et épreuves à assumer pleinement jusqu’ au bout sans recourir à personne et sans verser le sang "
En 1312.h, il sortit de TOUBA - ville préservée de toute épreuve - et rencontra l’hostilité hégémoniste et expansionniste des français, aidée de la collaboration des notables religieux et l’hostilité, pour des raisons de prestige, des souverains et princes locaux qui ourdirent ensemble une stratégie pour arrêter son influence.
Le gouvernement français après consultation, et encouragé par les autorités locales, prit la ferme décision de se débarrasser de lui, l’arrêta le 10 aôut 1895 (18 safar 1313) après l’avoir condamné à plusieurs reprises d’agitateur.
La séance du conseil privé lui offrit l’occasion de proclamer devant les autorités coloniales que DIEU est son Maître et Dieu Seul ; que le Prophète Mouhamad est l’Envoyé de DIEU qui a scellé la Prophétie, que sa Loi et sa Direction reste le Coran, où il est écrit dans la sourate le culte "al Ikhlâç " :
" Dis, Lui DIEU est Unique, DIEU l’Absolu - Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus et nul n’est égal à Lui " Sourate 112.
Je ne m’aventurerai jamais à analyser au seuil de ce 3ème millénaire les méfaits millénaristes de la mondialisation dont la monnaie courante du millénium sont des amalgames, des paradoxes et des incohérences. Pourquoi, je ne le ferai jamais ? Car de tout cela l’homme est au centre, mais qui est l’homme ? C’est la créature que DIEU a créée à son image. Ta réponse mon cher semble me dire " inutile de chercher d’être à l’image d’un autre sans DIEU ".
" Man carafa nafsahu carafa rabbahu ".
Maintenant tu sembles me dire : réfères-toi à la science de DIEU Qui a créé les hommes et qui, au Pacte Primordial, nous demanda : ne suis-Je pas votre SEIGNEUR ? (alastu bi rabbikum). " Oui ! " avions nous répondu (ballâ).
Et pour avoir anticipé la création du monde avant la nôtre prouve qu’Il n’attend point bénéfice, avantage ou préjudice des créatures, ou de leurs actions, sinon que l’homme comprenne la manifestation de ses signes à travers les merveilles de la terre, la lune, le soleil, le ciel, les astres, ainsi que les avantages et bienfaits qu’ils nous réservent.
" Ballâ " à la question du SEIGNEUR doit être perçu comme un engagement à honorer, le tribut de reconnaissance qui nous incombe, car sa question est l’anagramme de sa Parole : " Nous n’avons créé les hommes et les Djinns (les génies) que pour qu’ils M’adorent. " Coran S51 V56 - 58
Devant tous ces bienfaits et merveilles, Le Surveillant (ar-raqîb) semble mettre en garde l’âme devant ces engagements en la dotant de 7 organes que sont :
les oreilles, l’œil, la langue, le ventre, les parties génitales, les mains, les pieds, insistant sur la vigilance dont l’âme doit faire preuve.
Il opposa à ces 7 organes les 7 portes de l’enfer, comme pour avertir de ses Attributs. Je suis " Al Hâsib " : Je fais les comptes ; mais aussi Je demande les comptes (Muhassab). D’où la nécessaire prise de conscience de l’âme d’éviter d’être victime des manquements et fautes qui mènent à ces portes de l’Enfer.
O âme, surveille ta transaction avec le cœur !
Ecoutons le Cheikh à propos de cet organe (le cœur) :
" purifie ton cœur des vices et pare-le avec les vertus les meilleures "
" Evite la jalousie, l’ostentation, l’orgueil, la haine, ainsi tu en tireras la clairvoyance "
" Quant à l’ostentation, c’est un péché mineur d’association, celui qui est entaché d’un tel vice sera éternellement déchu "
" Ni science, ni action ne profitent avec l’ostentation, celui qui est imbu de celle-ci a réuni tous les malheurs "
" Ne vise que le Seigneur de la Puissance dans tout acte et toute parole "
" Mais le chemin de la purification du cœur est long, celui qui s’y engage doit placer sa confiance en Dieu, le Sublime "
" Le fainéant et le vaniteux n’y sont absolument pas aptes ; que les péchés ne t ’affectent point ! "
Nous disions tout à l’heure que l’homme est au centre de tout ce système, mais pour ne pas divaguer, voyons ensemble l’angle dans lequel CHEIKH AHMADOU BAMBA place cette nécessaire prise de conscience.
Dans les premières lignes de son ouvrage intitulé " l’Illumination des cœurs ", on peut lire :
" Je rends grâce à DIEU qui a fait du cœur l’organe que suivent les membres (du corps) des esclaves (de DIEU) et c’en est ainsi "
" J’exalte sa Sainteté ! Il est le Seigneur qui appelle à la religion de Celui dont l’Autorité confère la sécurité "
" Gloire à Lui ! Il est le Possesseur du Trône Très Glorieux, Celui qui produit sans modèle, Celui qui réintègre, Il est certes Généreux "
" Il est Celui qui a créé l’ensemble des hommes et des djinns pour qu’ils L’adorent par révérence et par aspiration profonde "
" Prière sur l’Envoyé, l’Ascète, l’Intercesseur qui oriente dans la voie des bienfaits celui qui lui voue un amour. "
" Prière sur l’Envoyé, qui enseigne que le bas monde est une geôle pour tout musulman et ce, sans exclusive "
" Notre Seigneur Mouhammad ; sur lui la prière de Celui qui a détruit ma prison, par la pureté adorative et la sécurité "
" Sachez à présent que la meilleure des sciences, ô vous qui êtes doués d’intelligence, est celle qui rapproche de Celui qui est l’Origine des Textes. "
(Dans Munawwiru-çudûr - vers 3 à 11)
Afin de ne pas nous laisser se dérouter dans le contrat " abreuvoir, assoiffés ", nous qui avons besoin de lumière ici bas, lumière qui nous guide en même temps sur le chemin de l’au-delà, Cheikh Ahmadou Bamba nous en appelle à cette prise de conscience indispensable.
Il a raison de nous dire que c’est par le biais d’un directeur spirituel que sa prison a été brisée.
Décidément, c’est une geôle le bas monde, mais c’est le Prophète qui guida ses pas jusqu’à l’enceinte scellée ou le Tout Puissant lui détruisit la prison.
" Tout ce qui dans ce bas monde fait l’objet de ma jouissance dans le cadre de mes usages, "
" Est une provision pour le Paradis, après la transaction et le combat spirituel, étant moi-même un obligé. "
(Dans Munawwiru-çudûr - vers 48 à 49)
Il dira plus loin :
" Je rends grâce à mon Seigneur à travers la Meilleure des créatures et également pour les saints versets qu’Il m’a octroyés par elle "
" Je lui témoigne ma gratitude pour l’achèvement de mon périple vers Lui, en compagnie de l’Effaceur (des péchés) et DIEU fait perdurer mes provisions "
(Dans Munawwiru-çudûr - vers 50 à 51)
Que nous faut-il attendre nous autres de ce périple que nous pouvons entamer par la transaction avec lui, en menant le combat spirituel derrière lui tout en prenant conscience qu’il nous a avisés des sacrifices manifestes qu’il a endurés avant d’impétrer un agrément irréversible.
" Combattez les âmes charnelles et ne suivez point leurs passions profanes, suivez plutôt la voie de l’agrément (de DIEU) "
(Dans Munawwiru-çudûr - vers 52 à 53)
Quelles sont les tendances vers lesquelles notre âme charnelle peuvent verser :
Voyons d’abord ces tendances que les hommes de science subdivisent en quatre catégories :
1. le rubûbiya : tendance à s’arroger le pouvoir suprême
2. le shaytâniya : tendance à l’orgueil impie
3. le saba’iya : instinct de cruauté
4. le bahîmiya : nature brute de l’homme.
De la première naissent les péchés tels que la gloutonnerie, la colère furieuse, l’ivrognerie, la débauche, qu’elle soit la fornication ou la pédérastie, le vol, le détournement des biens des orphelins et, d’une façon générale, l’accumulation des biens terrestres.
De la deuxième naissent la colère, le désir d’attaquer les hommes (les frapper, les injurier, les tuer), la prodigalité, etc.
De la troisième naissent les péchés tels que l’envie, l’injustice, la ruse, la tromperie, la perfidie, l’hypocrisie, l’incitation à l’hérésie et à l’erreur.
De la quatrième proviennent les péchés tels que l’orgueil, l’outrecuidance, l’état d’esprit mondain et le désir de faire parler de soi.
D’autres parmi les hommes de science feront une distinction entre les péchés ayant trait à DIEU directement ou au prochain.
1. Négligence de la prière, du jeûne, des devoirs religieux en général,
2. toute atteinte aux droits d’un autre : meurtre, calomnie, négligence de payer la zakât, l’incitation à l’infidélité et au péché.
Les péchés ayant trait à DIEU sont plus facilement pardonnables sauf s’il s’agit de SHIRK (association ou polythéisme)
Devant de tels dangers, Cheikh Ahmadou Bamba réitère sa mise en garde :
" O toi qui es préoccupé de ce bas monde ! prends soin de mon conseil, car celui-ci est sincère et relève de ma bonne intention "
" Alors fuis les tentations de ce monde si tu n’es pas maître de ton âme charnelle, ainsi tu finiras par obtenir des mérites. "
(Dans Munawwiru-çudûr - vers 54 à 55)
Il est tel qu’aujourd’hui, nous autres adeptes mourides qui avons choisi CHEIKH AHMADOU BAMBA comme guide spirituel ici bas et dans l’au-delà, nous devons réfléchir sur certaines incohérences qui persistent et qui plongent leurs auteurs dans un sommeil très profond et qu’il urge de les réveiller.
D’abord, c’est de savoir que si le message de l’Islam avec lequel CHEIKH AHMADOU BAMBA a réveillé les musulmans du Sénégal n’était pas universel, nous n’y accéderions jamais. C’est un message qui nous vient du Prophète Mouhammad, qui est l’Envoyé auprès de tous les peuples. Il est l’Envoyé auprès d’un état musulman singulier et non pluriel.
Ce message nous vient de l’Arabie musulmane dans l’engrenage et les soins d’un panislamisme et non d’un panarabisme.
Ce message a fait de ce pays un pays musulman. Et cela a été revendiqué par CHEIKH AHMADOU BAMBA. Il a sauvé le pays, je dis bien le pays musulman dans lequel nous vivons en contemporains. Sachez que c’est à l’Université que son message nous a récupérés, à l’université où on nous apprenait beaucoup de concepts, surtout des concepts favorisant notre assimilation aux valeurs occidentales et étrangères.
Parmi ces concepts, nous avons appris " la constitution " dont le contenu est un texte malmené de synagogue à synagogue par la simple raison humaine avec ses limites, pour en faire le bourreau de la religion.
Je ne dis pas ailleurs, mais dans ce pays, c’est tout juste pour attirer votre attention sur le travail qui nous attend dans la tâche de mieux servir Borom TOUBA.
Aujourd’hui, de ce que nous avions appris à l’Université, les concepts constitution et religion dans tous les états musulmans posent tellement de controverses que je serai obligé de répéter le professeur doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociale d’une autre université du même monde musulman, je cite :
" lorsqu’on évoque la constitution et la religion dans les états musulmans, les concepts ou même parfois simplement les termes, deviennent tellement à contenu ou à portée variables qu’ils finissent par paraître rebelles aux définitions, voire même aux délimitations. Cela semble être vérifiable s’agissant de l’état musulman, de la constitution et de la religion.
Je soumets rapidement à la réflexion de mes collègues, nous autres obligés redevables à Serigne TOUBA, accepteriez-vous que ce pays si cher à Khadimou Rassoul dont le nom est un nom de fonction référencée à la mission de l’Elu - donc tous les musulmans sont là-dedans - accepteriez-vous ou mieux concevez-vous qu’il se réclame de l’Islam sans que les valeurs culturelles de l’Islam s’y érigent en système de valeurs ?
N’est-ce pas là toucher du doigt le seul blocage qui nous empêche d’épanouir culturellement et économiquement nous et nos familles comprenant nos femmes et nos enfants.
A quoi bon de s’inquiéter ? On dit la religion de la paix, mais il ne suffit pas de le dire, il faut être à même de le démontrer.
En tout cas, ceux qui disent que le Sénégal est à 95% musulman pour nous permettre de vivre notre Islam sans agression, veulent-ils nous en limiter au fort pourcentage, croyant que nous somme sous la pression d’une forte dose de morphine.
C’est vrai, le pourcentage, mais il y’a d’autres critères qui s’en limitent à la dénomination république islamique de tel...
D’autres s’en réclament constitutionnellement ; d’autres s’en réclament en tant qu’héritiers.
Au nom de la jeunesse et de ce que vous nous avons appris à l’université, comment la tâche culturelle, éducationnelle qui nous attend peut elle être facile, si nous n’avons même pas le privilège qu’on nous stipule en préambule, au milieu ou à la fin du texte.
Afin de mesurer toujours ce qui nous attend dans l’assimilation des valeurs culturelles de base du Mouridisme, nous devons prendre en compte que toutes les portes sont fermées à la religion dans ces textes.
Je corroborerai le concept de pays musulman ou état musulman au singulier pour ceux qui croient à la Ummah dont Serigne TOUBA se réclame, par une importante lettre datant de 1925 que les autorités de Madinatoul Mounawwarah adressèrent au vénéré Cheikh Ahmadou Bamba du Sénégal, au mois de Rabîcu II l’an 1343.H, lorsque les wahhâbites se rapprochèrent de la cité illuminée :
"Au Nom de DIEU, le CLEMENT, le MISERICORDIEUX
.
Que la Prière et le salut de DIEU soient sur notre Seigneur Mouhammad, sur sa famille et sur ses compagnons.
Après cela, cette présente est de la part des habitants de la Citée Illuminée (madînatul munawwarah), les nobles (ashrâf), les imâms, les muezzins, las aghawât et l’ensemble des serviteurs de l’enceinte sacrée (hurum) de l’Elu le Plus Pur (al muçtafâ) ; que la Paix et le salut de DIEU soient sur lui.
A l’éminentissime maître vertueux, Cheikh de la confrérie Qâdriya et des autres voies qui mènent à DIEU et à son Envoyé, Guide spirituel des aspirants (murîdîn) dans la Voie Droite et la Loi Religieuse (sharîcah) du Seigneur des Envoyés, en l’occurrence notre maître Cheikh Ahmad Bamba.
Que la paix, la Miséricorde et la bénédiction de DIEU, le TRES-HAUT, soient sur vous.
Nous venons auprès de votre autorité vous informer que les wahâbites sont proche de la cité illuminée (madînatul munawwarah) et qu’à présent, nous sommes dans une profonde détresse.
Nous avons envoyé auprès de tous ceux qui ont le pouvoir de faire accéder à DIEU, dans tous les horizons, pour qu’ils nous assistent en prières.
Ainsi, nous comptons pleinement sur vous, dans l’attente, à tout instant, de la bénédiction de vos prières pour que DIEU nous délivre de ce qui nous hante, et ce, en raison de la parole de DIEU qui dit : " o vous qui croyez ! craignez DIEU et cherchez un intermédiaire pour accéder à Lui. " S5 V35
Et de la sentence Prophétique (hadîth) qui dit, selon Abu Mûsâ : " que le croyant soit pour le croyant comme les pierres d’une bâtisse... ", rapportée par les deux maîtres ; et point vous ne perdrez de vue le contenu de cette sentence Prophétique (hadîth) sus-mentionnée.
Que la Paix, la Miséricorde et la Bénédiction de DIEU soient sur vous.
Si donc vivre à haute voix et de la façon la plus criarde ses valeurs culturelles de base est une approche politique, désormais nous engageons le marathon de la vérité et ce, pour une durée illimitée. Car qui doit répondre face à cette déclaration audacieuse de Clozel marie françois Joseph : " c’est de la formation intellectuelle et morale de nos indigènes que dépend en majeure partie de l’avenir de notre œuvre coloniale. "
Hardy Georges, dans son outrecuidance à sa conquête morale, dira en bon colon ayant tiré son vin, je cite :
" Au contraire (de la conquête territoriale), il faut considérer les colonies comme des placements à longue échéance, préparer sans hâte et sans à-coup la transformation du pays et de ses habitants, (en commençant) à respecter l’indigène dans ses biens et dans sa liberté ; l’amener à comprendre nos intentions et à les seconder, c’est cela seulement qui mérite le nom de colonisation. "
" Une mise en valeur du pays, un attachement raisonné de l’indigène à notre œuvre, tel est donc l’objet de la nouvelle conquête, conquête moins rapide et moins brillante que la première, mais aussi féconde et méritoire et dont l’instrument ne peut être que l’école. "
Très abusé, Hardy ajoutera à sa comédie ; je cite : joie de prendre dans les savanes ou les forêts des petits sauvageons et de greffer sur leurs tige, gonflée d’une sève fraîche et vigoureuse, les meilleures pousses de notre vieux verger. Nulle action vraiment forte ne contrarie la nôtre, nos moindres soins gardent leur effet, l’arbuste de la brousse étend largement ses branches, s’épanouit dans le soleil, se couvre de fruits, une plante utile et belle remplace la ronce vénéneuse. Joie de bon jardinier, joie délicate.
Joie de donner à la France des domaines heureux et des enfants dévoués, d’étendre au cœur du continent noir le rayonnement de l’âme nationale. "
O mon frère et confrère adeptes, nous avons disposé ensemble à CHHEIKH AHMADOU BAMBA nos choses d’ici bas et dans l’au-delà, c’est vrai, nous ne nous sommes pas trompés, car l’Islam est la seule religion qui réglemente à la fois et en un tout indissociable le rapport du croyant et de son Seigneur et les rapports du croyant et son prochain.
Pour défendre les valeurs culturelles de base de SQEIGNE TOUBA, émigrons ensemble de nos bercail, émigrons ensemble des nos traditions, émigrons ensemble de nos coutumes, pour adhérer ensemble au valeurs culturelles de base de l’islam réhabilitées par le Mouridisme.
C’est pourquoi nous ne resterons plus dans la défensive, mais désormais, nous engagerons l’offensive culturelle pour une durée illimitée, et nous ne ménagerons point ni nos moyens, ni nos biens, ni nos personnes, jusqu’à ce que nos familles embrassent comme nous nos convictions, dans nos statuts de talibés de SERIGNE TOUBA.
Khadimou Rassoul qui, certainement mes collègues dans leur résolutions vont déclarer au terme du forum, Mawridu-zh-zhamân abreuvoir des assoiffés, asnâ khadîm, saint des saints, guide des croyants (amîrul mûminîn) ; seul à accepter de prendre en charge le bonheur des disciples ici bas et dans l’au-delà, héros national.
Décidément on s’interroge, mais on s’y mettra , la main dans la main,
Il a tout fait pour nous, c’est pourquoi on se demande pourquoi il ne doit pas davantage être présent dans toutes les institutions qui fabriquent l’homme musulman si c’est à nous de le faire, nous le ferons.
Si on était en train de le faire, nous continuerons davantage à le faire
Aucune Daara, aucun dahira, s’ils ne trichent pas n’a pas les moyens de faire épanouir culturellement ses membres, il faut se battre encore
Il y a un débat de fond, peut-être, mais on devra s’y mettre encore pour que chacun de nous voit la personne de Serigne TOUBA dans le miroir de la personne d’autrui.
Nous sommes les meilleurs dans le tertiaire, il nous faut ouvrir les portes de l’industrie et ouvrir la réflexion pour conquérir les terre du Walo, du fleuve, du riz.
Exportons nos valeurs culturelles dans le cadre socio-professionnel pour rester digne et affranchi.
Pourquoi, pour la proposition d’un emploi viendrait on à l’accepter sans se soucier des vertus que le Cheikh inculque à ses adeptes ; cet emploi par lequel les colonialiste ont véhiculé leur culture, ne peut on pas le créer pour rester digne et respectable.
L’indépendance culturelle étant le plancher de toute indépendance économique si elle se veut durable.
Faut il qu’un enracinement aux valeurs culturelle de islam enseignées par le Cheikh coûte à son adepte un emploi malgré ses compétences scientifiques et techniques ?
Faut il que cette même attitude soit un facteur de marginalisation dans certaines entreprises occidentalisées, les up to date, les archi up to date exigeant un look véritablement à la page ?
Faut il continuer à voire ces mourides se référant aux valeurs authentiques de l’Islam, en s’émancipant définitivement des servitudes culturelles profanes, rencontrer alors une hostilité notoire à toute insertion, réinsertion ou nomination.
Un compétence ne se bazarde pas. Il est temps de dompter la mondialisation des entreprises en esquissant une architecture économique moins aventureuse, en proposant des types d’entreprises décolonisées.



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