Contribution : le Mouridisme n’est pas un feu follet

Cette modeste contribution vient encore une fois confirmer que le sort du Mouridisme est déjà fixé et constitue un ressort qui se débande tout seul. Cheikh Ahmadou Bamba a déjoué tous les pronostics de l’Administration Coloniale.

Aussi bien les administrateurs coloniaux qui au terme de leurs études ou rapports sur le Cheikh se sont permis de faire des projections sur l’avenir du Mouridisme que les chercheurs et universitaires de premières heures sur le Mouridisme sont obligés de revoir leur copie et de déclarer solennellement extravagantes leurs conclusions.

Revisitons ce rapport du 22 Octobre 1915 de l’Administrateur en Chef du Cercle de Diourbel A. LASSELVES :

’’ Je viens de parler de toutes les personnalités mourides avec lesquelles j’ai été en contact. Je n’en vois aucune capable de prendre la suite d’AMADOU BAMBA s’il venait à disparaître. Aucune n’aurait son autorité, la grâce divine qu’on attribue à sa personne. Ils sont d’ailleurs tous jaloux les uns des autres et aucun ne consentirait à reconnaître la supériorité de l’un d’eux. Leurs rivalités pour obtenir une place de choix auprès du chef de la secte sont continuelles ; que serait-ce s’il disparaissait ?
Ce serait probablement la dislocation du Mouridisme d’AMADOU BAMBA et la formation de plusieurs petites églises avec un de ses frères ou un de ses cheikhs à la tête de chacune
.’’

Aujourd’hui, l’histoire a montré que toutes les forces souterraines et sournoises qui ont œuvré pour la réalisation de la prophétie de Lasselves ont échoué lamentablement.
Et vous me permettrez cette longue citation extraite du N°4 de ’’L’Abreuvoir des Assoiffés’’ le magazine de l’IIERM :

’’Ce qui aujourd’hui est marquant et que l’histoire a retenu une fois pour toute, est que la Mouridiyyah n’est pas un feu follet encore moins un phénomène de société.

Un adage ne dit-il pas que le temps est meilleur juge ? Oui ! Le temps confirme le vrai mais également il met à nu le faux.

En 1927 le rappel à Dieu de Cheikh Ahmadou Bamba avait été ressenti comme un séisme. Les disciples et doyens d’âge ne pouvaient concevoir une existence sans leur vénéré guide qui les a éduqués et qui a été le giron dans lequel ils ont apprivoisé leur âme et ont accédé à Dieu.

La tâche fut donc très dure pour Serigne Mouhamadou Moustapha, fils aîné de Cheikh Ahmadou Bamba pour redonner espoir et envie de vivre à ces fervents disciples. Ce fut un travail difficile et de longue haleine. Cependant, il fut tellement bien réussi qu’aujourd’hui le séisme produit par le retour à Dieu du dernier fils de Serigne Touba a été contenu.

Serigne Moussa Ka dans un poème dédié à Serigne Mouhamadou Moustapha écrit :

’’ Depuis lors (le rappel à Dieu de Serigne Touba) nous étions étourdis, mais nous en sommes revenus depuis que ton soleil brille ; redresse toi donc et marche

Les régions du Cadjor, du Baol, celles du Saloum, du Fouta et du Djolof te sont désormais soumises, assurément tu es le Représentant de Moustapha (le Prophète)

Adultes et jeunes, peuls, maures, wolofs et laobés tous te sont soumis assurément tu es notre espoir ici bas et dans l’au-delà, O Moustapha !

Serigne Moustapha rend une grâce infinie à DIEU car tu es le meilleur. Il n’y a plus de polémiques et de désunion à propos de Moustapha

Sois donc apaisé O Moustapha, tout le monde est soumis. Il n’y a plus personne qui s’oppose à toi, tout le monde est soumis’’

Cheikh Mouhamadou Lamine Bara Mbacké a, dès les premières heures du rappel à Dieu de Serigne Saliou Mbacké, eu la reconnaissance de tous. Il n’y a eu ni hésitation, ni tergiversation. Dans la nuit même de l’inhumation les autorités religieuses ont commencé à prêter allégeance.

Dans les manchettes des journaux on ne trouvait que des titres aussi pessimistes les uns, les autres qui donnent des sueurs froides aux non avertis : « y aura-t-il une transition en douceur ? », le nouveau khalife réussira t-il à faire régner l’ordre autour de lui ? », « Le Mouridisme est assis sur une poudrière », « une bataille de positionnement dans la nouvelle galaxie de Touba ».

Le temps, meilleur juge a tranché. Les mourides sont unanimes derrière Serigne Bara. Les fidèles et autorités religieuses n’ont récité qu’une leçon sue. Tous les mourides, disciples ou autorités religieuses quel que soit leur notoriété reconnaissent en Cheikh Mouhammadou Lamine Bara Mbacké, le Khalife général de mourides. Personne ne se croit indispensable et tout le monde est derrière lui.

Le nouveau Khalife avec un calme olympien est resté au-dessus de la mêlée démontrant que le khalifat au sein du Mouridisme va tout de go et n’a pas besoin de publicité.

La maison du Khalife est assaillie de jour comme de nuit par des disciples et des visiteurs venant de toutes les régions du Sénégal et de l’étranger.

Exécutant le programme de Serigne de Touba à l’instar de ceux qui l’ont précédé, il vole de chantier en chantier : c’est le développement tous azimuts de la ville de Touba.’’

Regarder comment l’engouement des Cheikhs à servir Cheikh Ahmadou Bamba dans une saine rivalité d’ardeur est négativement interprété !

’’Aucun ne consentirait à reconnaître la supériorité de l’un d’eux’’ : n’est- ce pas la volonté de l’Administration Coloniale qui est ainsi exprimé ? Combien de manœuvres l’Administration Coloniale n’a t-elle faite pour donner corps à ce projet !

Quand on est sevré dans la recherche effrénée de profit, de prestige et de pouvoir pour dominer les autres, on ne peut que raisonner de la sorte. Mais les hommes de DIEU ne raisonnent pas en terme de supériorité de l’un sur l’autre.

Il n’y a eu ni dislocation, ni désagrégation. Aujourd’hui le Mouridisme a un monument identitaire à travers lequel tous les Mourides se reconnaissent : c’est la Mosquée, une ville : Touba 2ème ville du Sénégal qui s’est développée malgré les multiples entraves posées par l’Administration Coloniale.

Pour terminer rappelons cette citation extraite de l’éditorial de Serigne Atou Diagne dans le N°4 de l’abreuvoir des Assoiffés :

’’ L’homme oublie vite que le Mouridisme est une recherche de DIEU ; il n’est pas une personne mais une personnalité. L’homme dans sa précipitation tendra toujours vers la place de DIEU mais il retournera toujours à la place qui est la sienne. Il récidive le plus souvent sans pudeur à cause de sa nature humaine, cependant, il apprendra sans cesse que le pouvoir de DIEU est invulnérable, inaltérable et intact.

Il ne faut jamais être de ceux là qui croient que l’Islam finira avant la fin du monde. Quelque soit l’ouragan qui puisse secouer le Mouridisme, ce n’est que de la poussière qu’il enlève et continue son chemin. Que personne ne se laisse prendre au piège car c’est DIEU qui veut distinguer dans le lot de ceux qui ont déclaré leur foi, les gens sincères et ceux qui sont faux.

Le pire des pièges serait de croire que la force du Mouridisme d’hier sera affaiblie aujourd’hui. Ceci mène à des erreurs du genre à regretter sa naïveté, sa ruse pour ne pas dire sa malice.

Modou Pouye



LES KHALIFES

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