
MAGAL DE KAZU RAJAB 1430H - EDITION 2009
BISMI AHI RAHMANI RAHIMI
Monsieur le Khalife Général des Mourides El Hadji Mouhammadou Lamine Bara Mbacké,
Monsieur le Représentant du Chef de l’Etat,
Messieurs les membres de la grande et prestigieuse famille d’El Hadji Falilou Mbacké,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le Gouverneur de la Région de Diourbel,
Messieurs les notabilités religieuses et coutumières,
Honorables invités.
Pour sacrifier à la tradition, je me dois, El Hadji, selon votre vœu aimable et bienveillant, de prononcer quelques mots sur l’illustre El Hadji Falilou Mbacké, à l’œuvre immense et bénéfique, et dont l’histoire est si riche et si féconde, qu’on est tenté de la confondre avec la légende.
Nous vous parlerons aujourd’hui, avec votre permission, de El Hadji Falilou Mbacké Homme de Paix, d’El Hadji Falilou Mbacké Homme de culture, d’El Hadji Falilou Mbacké Humaniste et Nationaliste méconnu du tiers monde.
« Diam ! Diam ! Diam ! Paix ! Paix ! Paix ! » Cette triple exclamation de El Hadji Falilou Mbacké le premier septembre 1939, à l’écho des premiers coups de feu de Dantzig, étonna d’abord, amusa ensuite, ses contemporains.
Inénarrable El Hadji Falilou Mbacké, qui trouvait le moyen de s’inquiéter des coups de feu tirés à des milliers de kilomètres du Sénégal, sur un autre continent, et au fin fond de l’Europe du Nord, dans le corridor Polonais !
En quoi ces coups de feu lointains pouvaient-ils représenter un danger pour le Sénégal ?
En dépit de la tension qui prévalait alors dans les relations internationales, beaucoup d’observateurs pensaient que ce n’était là qu’un banal incident frontalier sans lendemain, comme il s’en produisait, épisodiquement, plusieurs dans le monde. Personne, pas même les protagonistes directs, ne se doutait que ces coups de feu de Dantzig étaient le début de la deuxième guerre mondiale, qui allait précipiter l’humanité dans la plus effroyable hécatombe de son histoire (on a parlé de soixante de millions de morts) et dont le Sénégal, comme tous les autres pays, subirait douloureusement les effets.
Ses dons spirituels innés avaient permis à El Hadji Falilou Mbacké d’entrevoir, en l’espace d’un éclair le gouffre béant qui s’ouvrait sous les pas du monde, encore inconscient.
Car, disait-il, si éloigné qu’il soit, le foyer de tension peut produire des dommages collatéraux qui peut vous atteindre ou vous affecter.
C’est pourquoi il s’employait inlassablement et par tous les moyens matériels ou spirituels à éteindre les foyers de tension partout où ils se déclaraient. Pour lui, la Paix n’a pas de prix. Car sans la paix, on ne peut construire rien de valable ou de durable, que ce soit dans le domaine temporel ou spirituel.
Sa réputation de faiseur de paix était telle que, beaucoup de conflits ou litiges opposant des individus, des communautés, ou des contrées, lui étaient soumis à longueur d’année. Et il trouvait toujours moyen de les résoudre pacifiquement.
Sollicité par qui de droit, il a prié successivement et avec succès pour la fin des évènements de Madagascar, pour la fin de la guerre d’Indochine, pour la fin des évènements du Maroc et de Tunisie, préludes à leur indépendance, pour la fin de la guerre de Suez et pour la fin de la guerre d’Algérie. Sans oublier ses conseils et ses prières pour a décolonisation des pays de l’Afrique subsaharienne.
Beaucoup de citoyens estimés de ces pays frères sont loin de se douter que, s’ils ont obtenu l’indépendance, les prières d’El Hadji Falilou Mbacké y sont pour quelque chose.
Mais que l’on ne s’y méprenne pas. Cet amour tyrannique de la paix, n’était ni de la mollesse encore moins de la faiblesse. En cas de crise grave, - et il en connût - ce pacifiste invétéré pouvait faire montre d’un courage indomptable frisant la témérité ; et il ne reculait jamais de ses positions
Le devoir de réserve m’empêche de m’étendre davantage sur le sujet.
Pour El Hadji Falilou Mbacké, avoir l’humilité de reconnaître les limites de son savoir fait partie de la culture. Car, sauf de très rares exceptions, qui ressortent du domaine du divin, l’omniscience n’existe pas.
Le niveau exceptionnel de sa culture a été reconnu, attesté, et salué par les plus grands intellectuels arabes de Mauritanie qui ne cessaient de lui tresser des lauriers à cet égard.
Tout un quartier de sa vaste concession était appelé Résidence des Maures. Et on peut affirmer que tout ce que la Mauritanie comptait alors de célébrités, y a séjourné, au vu et au su de tout le monde. Les plus grands dignitaires ou intellectuels de la Mauritanie, accompagnés leurs entourages s’y succédaient par vagues ininterrompues pour des séjours qui variaient d’une à trois semaines. Là, dans leur élément naturel (des tentes mêmes y étaient dressées) dans un amoncellement de thé, de sucre, de menthe, de lait caillé, de moutons vivants pour leurs méchouis ou tout autre mets de leur choix, ils se livraient, jour et nuit à des joutes poétiques et littéraires serrées, dont ils soumettaient ensuite les résultats à l’appréciation et à la sanction de El Hadji Falilou Mbacké. A qui il arrivait quelques fois de tourner la page d’un poème qui lui était dédié et d’écrire au verso un poème de son crû, composé séance tenante, et dont la beauté et la pureté laissaient incrédule l’auteur du poème précité, qui avait passé des jours et des nuits à modeler et à ciseler le sien.
A la résidence des maures c’était un carrousel continu, d’année en année, de personnalités maures de toutes conditions qui venaient solliciter l’aide matérielle d’EL Hadji Falilou Mbacké. Et chacun, au terme de son séjour, fixé par ce dernier, recevait une enveloppe cossue qui pouvait satisfaire ses besoins pour le reste de l’année. L’importance de l’enveloppe était proportionnelle à celle du receveur.
Sa discrétion proverbiale faisait que personne, en dehors de lui et du bénéficiaire, ne pouvait savoir le montant de ces dons financiers. De sorte qu’il est matériellement impossible d’évaluer le montant phénoménal des sommes qu’il a offertes aux maures comme à tous les autres nécessiteux tout au long de son magistère. A ces dons en numéraires, s’ajoutaient souvent des dons en nature, vivres, bœufs, chevaux, chameaux, véhicules automobiles.
Il faut s’empresser de souligner que ces largesses à l’égard des maures, comme de tous les autres, n’avaient aucun lien avec les poèmes de louange qu’il leur plaisait de lui adresser, spontanément et volontairement.
Aider bénévolement son prochain, pour plaire uniquement à Son Seigneur, était pour lui un devoir sacré auquel il ne saurait faillir, indépendamment de toute autre considération.
A l’instar de Serigne TOUBA, ses largesses s’adressaient également aux ressortissants des pays africains, du Maghreb, du Moyen Orient, et même d’Europe qui, ayant appris sa magnanimité, venaient frapper à sa porte. Et personne ne repartait déçue.
Pour El Hadji Falilou Mbacké, l’humanisme ce n’est pas seulement de belles formules prononcées en l’air, ou de nobles principes énoncés abstraitement.
L’humanisme, c’est des actes concrets et palpables, qui soulagent quotidiennement la misère humaine dans toutes ses dimensions et sans aucune discrimination.
El Hadji Falilou Mbacké était le véritable humaniste, puisqu’il confondait dans ses actes aussi bien les musulmans que les non musulmans, à cause de la valeur élevée qu’il accordait à la dignité humaine.
Avec l’accession du Sénégal à l’indépendance, nous avons sauté, sans transition, d’une culture de colonisation à une culture de souveraineté nationale ; avec tout ce que cela comportait de nouveautés et d’innovations, en termes de concepts politique, administratif, juridique, économique et social.
Quand les responsables gouvernementaux venaient, avec appréhension, expliquer à El Hadji Falilou Mbacké, un de ces concepts nouveaux, désespérant, à l’avance, de le lui faire comprendre, ils repartaient, ahuris et confus par la rapidité et la facilité avec lesquelles El Hadji Falilou Mbacké avait saisi le sujet.
Sa vaste culture et son intelligence phénoménale lui permettaient de ramasser le sujet concerné par une brève formule ou une métaphore précise et concise. Quelques fois, il s’amusait même à leur esquisser un schéma saisissant, que ces derniers s’empressaient de saisir comme bréviaire pour l’explication ultérieure aux populations concernées.
Il faut quand même souligner qu’ici ce n’était pas seulement de culture et d’intelligence dont il s’agissait, mais bien d’autre chose …
En parlant de culture, il convient de noter qu’aussi bien son prédécesseur le brave Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, que ses successeurs, Serigne Abdoul Ahad Mbacké, Serigne Abdoul Khadre Macké, et Serigne Saliou Mbacké étaient de grands érudits et des savants confirmés. Les daaras de Khelcom en sont l’illustration.
Il a eu à composer de nombreux et célèbres poèmes en arabe, des louanges adressées à son maître spirituel Cheikhoul Khadim, à qui il a eu le privilège d’offrir en guise « d’adiya » 28 exemplaires du Saint Coran, retranscrits de mémoire, de sa belle calligraphie qu’il a su conserver toute sa vie et que le poids des ans n’a pas altérée. Vingt et huit exemplaires du Saint Coran rigoureusement conformes au texte Original, sans fautes ni omissions. Ce nombre de 28 correspond à la somme des lettres arabes de TOUBA.
Sa culture en langue wolof littéraire était également admirable. Il a eu à corriger, à redresser, des poèmes que de nombreux poètes wolofophones lui soumettaient. Il avait l’art de synthétiser, par de courts poèmes wolof précis et concis beaucoup de concepts religieux. Avec son aîné Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, ils se livraient à un amical concours de poèmes mixtes où l’arabe et le wolof étaient harmonieusement mélangés. Certains de ses poèmes sont passés à la postérité. Beaucoup de poètes wolofophones sollicitaient son imprimatur avant la publication de leurs œuvres.
Il était également polyglotte, puisqu’en plus du wolof et de l’arabe, il parlait également le poular.
Sur ce chapitre, je laisse à vos distingués frères, El Hadji, qui sont d’éminents intellectuels arabophones et qui sont plus qualifiés que moi pour le faire, le soin de collecter et de vulgariser tout ce qu’a écrit El Hadji Falilou Mbacké et tout ce qu’on a écrit sur lui.
C’est là un gisement d’où peut sortir un véritable trésor culturel qui fera le bonheur des futurs chercheurs.
Il nous reste El Hadji à vous demander de prier pour un hivernage pluvieux, paisible et fécond. A ce sujet, on ne peut s’empêcher de remarquer qu’aujourd’hui, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, pays développés et pays en voie de développement, tout le monde est unanime à reconnaître que seule l’agriculture peut faire sortir le monde de la crise financière et économique dans laquelle il est plongé. Et des mesures gigantesques sont prises sous nos yeux dans cette direction.
Eclatante revanche posthume de El Hadji Falilou Mbacké qui, du haut de cette tribune avait lancé, il y a plus d’un demi siècle un appel pour le retour à la terre. Appel qui n’avait pas reçu alors l’écho qu’il méritait.
Puisse Dieu le Tout Puissant vous laisser longtemps, El Hadji devant nous et avec une santé de fer, pour vous permettre d’achever harmonieusement les Grands Travaux de la ville de TOUBA et d’en entamer d’autres.
Dieuredieuf Serigne Falilou Mbacké.



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