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SERIGNE MOUHAMADOU FADILOU MBACKE (1945 - 1968)

Lorsque le Cheikh exprima sa volonté d'ériger la Grande
Mosquée, Serigne Fallou s'engagea corps et âme dans l'entreprise
: les vux, même les plus anodins du Cheikh, sont pour lui
des ordres péremptoires. Ainsi, en 1926, alors que le Cheikh
mobilisait les forces de sa communauté pour la réalisation
de son projet, Serigne Fallou eut le bonheur, après de longues
recherches, de découvrir la carrière de NDOCK, susceptible
de fournir les matériaux pour la construction de l'édifice.
Les échantillons qu'il envoya à TOUBA rencontrèrent
l'agrément du Maître qui, à cette occasion l'exhorta
à considérer, au même titre que son frère aîné
Serigne Mamadou Moustapha, la construction de la Mosquée comme
une mission incompressible.
Lorsqu'en 1927 le Cheikh disparut, Serigne Fallou, en bon talibé
reporta sur son frère aîné devenu premier khalife,
toute sa dévotion et son affection. Autant il était attentif
au moindre désir du Maître, autant il se mit au Service de
Serigne Mamadou Moustapha, dans lequel il retrouvait leur père,
au demeurant.
C'est d'ailleurs sur le " ndigal " de Serigne Mamadou
Moustapha, qu'il accomplit son fameux pèlerinage à La Mecque.
C'était pour concrétiser un projet de Cheikh Ahmadou Bamba.
En effet, le Cheikh avait un jour exprimé sa volonté de
se rendre aux Lieux Saints. Il avait même désigné
les compagnons avec lesquels il souhaitait faire ce pèlerinage.
Ces bienheureux étaient Mame Cheikh Anta, Serigne Mbacké
Bousso, El Hadji Mayoro Fall et Serigne Moulaye Bou (un maure). Dieu en
décida autrement et le Cheikh rejoignit le Paradis avant d'avoir
eu le temps de mettre son projet à exécution. Alors, en
1928, Serigne Mamadou Moustapha chargea Serigne Fallou de concrétiser
le vu de leur père, et avec les mêmes compagnons qu'il
avait prévus. Les péripéties de ce voyage furent
tellement riches en événements, quasi miraculeux, que la
communauté mouride n'est pas loin de croire que Serigne Fallou
est en réalité une réincarnation de Serigne Touba.
En 1945, Serigne Fallou, devenu second khalife, se plongea corps
et âme dans la poursuite des travaux de la Grande Mosquée.
Il eut l'insigne bonheur, le 7 Juin 1963, d'en procéder à
l'inauguration et d'y diriger la première prière.
Son khalifat est encore évoqué de nos jours comme une période
particulièrement faste pour le pays. Tous les Sénégalais,
toutes confessions et toutes ethnies confondues, le considèrent
comme un vrai thaumaturge, un homme qui a reçu du Créateur
le pouvoir de faire des miracles. Les vieux se rappellent que son avènement
a coïncidé avec l'éradication de l'épidémie
de peste qui a décimé le pays vers la fin de la Seconde
Guerre Mondiale. La famine qui menaçait la population a alors pris
fin et cela a marqué le début d'une ère de prospérité
économique, de sécurité alimentaire et d'absence
de calamité marquante.
Les jeunes générations, qui n'ont pas le bonheur de l'avoir
connu, recueillent des témoignages le décrivant comme un
grand-père débonnaire, à la générosité
absolument indescriptible, auprès duquel toutes les détresses
ont trouvé solution.
N'était-il pas le recours de tous les sénégalais,
quelle que puisse être leur origine, contre les abus de l'Administration
?
Pourquoi l'a-t-on surnommé "na am mu am, du am du am"
? Il était crédité du don de Dieu de voir se
réaliser toutes les prières qu'il formulait, comme s'il
donnait des ordres aux éléments. Les exemples sont nombreux
pour attester de ce don. Combien de fois a-t-on fait état de paysans
venus solliciter ses prières pour déclencher la pluie à
un moment où une trop longue pause pluviométrique avait
commencé à installer l'inquiétude dans leurs curs
? Ce qu'il s'en est suivi chaque fois est encore présent dans les
esprits : une abondante pluie qui contraint les solliciteurs à
regagner leur village au triple galop sous la bourrasque, alors que, quelques
instants auparavant, rien ne laissait prévoir un tel déchaînement
des éléments.
Nombreux sont les gens qui vivent avec la conviction qu'il suffit d'invoquer
Serigne Fallou en l'appelant par son sept fois, pour obtenir réalisation
de ses vux.
En tout cas, le souvenir de son fils aîné, surnommé
Serigne Modou Bousso Dieng est encore frais dans nos mémoires.
Il a hérité de son père l'appellation "na
am mu am, du am du am" : il a démontré à
l'envi qu'il lui suffisait de formuler un vu pour en voir la réalisation.
Ne soyez donc pas surpris si l'on vous dit que Serigne Fallou avait le
pouvoir de parler aux animaux. A ce propos, ses contemporains rapportent
un fait surprenant certes, mais très édifiant. Des talibés
sont venus un jour se plaindre auprès de lui d'un cheval rétif,
par la faute duquel les travaux d'emblavure d'un champ qu'il leur avait
confiés avaient été sérieusement retardés.
En effet, l'animal s'était montré particulièrement
récalcitrant à tirer le semoir auquel il avait été
attelé. Le marabout le fit venir et, le prenant par la bride, lui
adresse cette harangue : "N'as-tu pas honte ? Là où
personne ne veut être en reste pour gagner les grâces de Serigne
Touba, toi qui as l'opportunité de t'impliquer, tu refuses de donner
ton concours ! Vraiment tu me fais de la peine ! Je te plains !"
Les témoins abasourdis virent le cheval baisser la tête,
rabattre ses oreilles et verser de chaudes larmes de repentir. Il fut
désormais presque impossible de ramener à la maison à
la fin d'une journée de travail : pris d'une ardeur inextinguible,
il refusait s'arrêter de travailler quand, au coucher du soleil
les talibés exténués ne pensaient qu'à regagner
leurs chaumières.
Ce guide charismatique a laissé le souvenir d'un homme convivial,
doté d'un très grand sens de l'humain et particulièrement
doué pour trouver le bon mot destiné à détendre
l'atmosphère et à mettre à l'aise ses interlocuteurs.
Combien de fois a-t-il sorti d'affaire des justiciables sur le point de
connaître les affres de l'incarcération, non pas pour assurer
l'impunité à des malfrats mais pour donner une seconde chance
à des citoyens qui, pour avoir une fois trébuché,
n'en sont pas, pour autant, devenus irrécupérables pour
la société ?
Sous son magistère, la ville de TOUBA a connu un développement
très important. En effet il a fait procéder au lotissement
et à l'électrification de la cité tout en améliorant
les infrastructures existantes. Il a fait bitumer les routes et a installé
un premier forage à Darou Manan pour l'approvisionnement en eau.
La Grande Mosquée porte sa marque indélébile : elle
lui doit les cinq majestueux minarets qui la signalent à des kilomètres
à la ronde et dont la plus grande est dénommée Lamp
Fall, en hommage à Cheikh Ibra FALL, le fondateur de la Confrérie
des Baye Fall.
Selon l'exemple de son Maître et de Serigne Mamadou Moustapha, le
premier khalife, il a eu, lui aussi, à créer des villages
- Daara très prospères dont nous retiendrons : Ndindy,
Madinatou Salam, Alia Mbepp, Touba
Bogo.
Ces daara étaient le plus souvent supervisés par des anciens
talibés de Serigne Touba.
Il est à noter que les revenus générés par
ces exploitations ont été utilisés à financer
la construction de la Mosquée ou à soulager les talibés
en difficulté ou encore à entretenir les nombreux Maures
que le Cheikh a ramenés de son séjour à Khomack.
Cet être d'exception nous a quittés en 1968 pour rejoindre,
nous en sommes persuadés, les rangs des bienheureux Combattants
de Bedr.
D'où tirons-nous une telle conviction ? De la relation d'un événement,
authentifiée par la crédibilité incontestable des
témoins oculaires. En effet on raconte qu'un des vieux disciples
du Cheikh avait pris la malencontreuse habitude de se prévaloir
de son âge chaque fois qu'il s'adressait à Serigne Fallou.
Il n'était pas rare, chaque fois qu'il évoquait un événement
ancien, de l'entendre dire, avec une pointe d'ironie, au Khalife : "Evidemment,
tu es trop jeune pour t'en souvenir
Au moment où cela se
passait, tu n'étais pas encor né
.Certes, tu es le
Khalife, mais moi, je suis ton doyen par l'âge
"
Ceux qui connaissent Serigne Fallou savent qu'il se déplaçait
avec une légère claudication, dont personne au demeurant,
ne connaît la cause.
Un jour, alors que le vieux talibé, à son habitude dissertait
sur son âge respectable par rapport à l'extrême jeunesse
du Khalife, celui-ci, excédé,, rétorqua : "Où
étais-tu, toi qui si âgé, lorsqu'à la Bataille
de Bedr, je recevais cette blessure à la jambe ?" Et, joignant
le geste à la parole devant une assistance médusée,
il exhiba une cicatrice à sa jambe.
Personne, pas même ceux qui l'ont vu naître, ne se souvient
que Serigne Fallou ait jamais été blessé à
la jambe, de toute sa vie.
Que faut-il en conclure ?
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