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Les
Khalifes
SERIGNE ABDOUL AHAD MBACKE (1968 - 1989)
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Quand, en
1914, naquit à Diourbel Serigne
Abdoul Ahad, celui qui allait devenir le troisième
Khalife Général des Mourides, Cheikh Ahmadou BAMBA,
prenant à témoin ses plus proches disciples déclara
: " Priez pour lui afin qu'Allah lui accorde longue
vie car, en lui, je place un espoir immense. " Nous
ne sommes donc pas surpris que Baye Lahat comme l'a respectueusement
surnommé la Communauté Mouride ait laissé
dans le cur des mourides, plus de dix ans après
sa disparition, un renom, une popularité et un charisme
que rien n'a entamés, à la mesure des espoirs
de son illustre Père et Maître.
Une opinion très répandue est que, si le Coran
pouvait s'incarner sous une figure humaine, il aurait, à
coup sûr, emprunté les traits de Serigne Abdoul
Ahad. Autant le Coran est la VERITE suprême, autant Baye
Lahat avait élevé au rang de sacerdoce la pratique
de la vérité. L'imaginaire populaire a gardé
de lui le souvenir d'un homme sobre dans sa gestuelle et dans
sa vêture, très convivial dans sa courtoisie et
sa serviabilité envers son prochain, mais opiniâtrement
arc-bouté sur la Vérité. Il était
connu que, personne, pût-il s'agir de la plus haute autorité
qu'on puisse imaginer ou du parent le plus proche, ne saurait
trouver grâce auprès de lui ou compréhension
protectrice, s'il est dans le tort. D'ailleurs, n'est-ce pas
lui qui, dans un sermon mémorable, a donné le
ton en affirmant qu'un musulman doit se retrancher opiniâtrement
dans la Vérité et, dans la circonstance, considérer
comme de nulle différence le fait de vivre dans la chaude
et agréable sécurité d'un environnement
qui partage ses convictions et celui d'être en butte à
l'amertume de l'hostilité des détracteurs. Ce
qui est déterminant, c'est que la constance dans ce qui
juste engendrera pour lui ce qu'il y a de meilleur. Si par sa
constance dans le service de Dieu un croyant réussi à
gagner l'agrément divin, nulle entreprise humaine, nulle
coalition, fût-elle dotée des moyens les plus sophistiqués,
ne saurait lui causer le moindre préjudice. Par contre
rien ne peut préserver une créature de la sanction
divine si elle a le malheur d'avoir contrevenu à La Loi.
Pas même l'approbation humaine la plus unanime, encore
moins les témoignages les plus élogieux de ses
semblables.
Cet homme, de l'étoffe rarissime dont les témoins
Véridiques d'Allah sont faits, a assimilé le Coran
et les Sciences religieuses collatérales, très
tôt, sous la férule de son oncle Serigne Amsatou
DIAKHATE, frère de sa sainte mère, la vertueuse
Sokhna Mariama DIAKHATE qui aura aussi le bonheur d'être
la mère de Serigne Souhaïbou MBACKE, cet
autre preux chevalier de l'Islam. De l'uvre de son vénéré
Père, il a une connaissance si pointue, une considération
si profonde, que sa vie est la parfaite illustration des enseignements
qu'elle véhicule. Nous savons que Cheikh Ahmadou BAMBA
enseigne à ses disciples le culte exclusif de l'Unique
et une pratique fondée sur la Sunna. La connaissance
approfondie des textes sacrés (Coran, Hadiths, Sciences
religieuses, etc.) est évidemment un préalable
incontournable, dans l'esprit du Cheikh qui, parallèlement,
a élevé au rang de dogme sanctifiant, le travail
honnête. Il est maintenant facile de comprendre pourquoi,
pendant le long magistère de Serigne Fallou son prédécesseur
(1945 à 1968), Serigne Abdoul Ahad ait, dans une discrétion,
un effacement frisant parfois la recherche de l'anonymat, consacré
sa vie travail en s'évertuant à ne vivre que du
fruit honnête et licite de son travail. Son statut de
fils du Maître l'autorise pourtant, s'il l'avait voulu,
à vivre dans l'opulence, des offrandes (adiya) des disciples
mourides. Il a préféré, en talibé
parmi les talibés, exercer de ses mains, toute forme
d'activités pour vivre de sa peine. D'ailleurs, n'a-t-il
pas fait vu, ainsi que tous ses frères et surs
au demeurant, d'abdiquer de son rang de fils du Cheikh pour
ne briguer que celui de talibé ?
En talibé exemplaire, on l'a vu, agriculteur émérite,
manier lui-même dans ses champs, les instruments aratoires,
avec dextérité et maîtrise. Sa productivité
fut telle que dans ses exploitations de Touba Bélel,
de Bokk Barga, de Kadd Balooji, de Mbara Dieng, il a gagné
les galons de premier agriculteur.
Il a exercé le métier de commerçant, cependant
sans jamais encaisser de ses clients plus qu'il ne lui est du.
Il a même tâté du transport en commun.
A l'évidence, une telle volonté de " mettre
la main à la pâte " dénote chez lui,
la volonté de s'assurer des revenus licites au point
de vue de l'Islam.
Cette période de " galère " a permis
à Baye Lahat d'engranger une extraordinaire somme d'expérience
de la vie, une connaissance approfondie de la nature humaine,
toutes choses qui, fécondées par la sagesse insondable
puisée du terroir wolof, lui seront d'un concours inestimable
pour la gestion de la Communauté, quand vint son tour
d'exercer le Khalifat.
En effet, c'est un parfait inconnu du grand public qui accéda
aux hautes fonctions de Grand Timonier de la communauté
mouride quand, le 6 août 1968 Serigne Fallou rejoignit
son Maître bien aimé au Paradis. La Communauté
en particulier et le monde en général découvre
un homme droit, honnête, ennemi irréductible du
mensonge, de la duplicité et de l'hypocrisie. Sa rigueur
inflexible le conduit très vite à mettre sur les
rails un train de réformes de fond dont les résultats
ne tardèrent pas à donner au Mouridisme un nouveau
visage, tout de rectitude empreint.
Dès son avènement, Serigne Abdoul Ahad donne le
ton. Il a d'emblée déclaré qu'à
ses contemporains, il servirait de témoin, ici-bas et
dans l'au-delà, à condition qu'ils s'enracinent
dans la vérité et le service de Cheikh Ahmadou
BAMBA ; en conséquence, que ceux qui emprunteront les
voies tortueuses des faux-semblants sachent qu'ils n'ont rien
à voir avec lui, qui qu'ils puissent être.
Ainsi, on a pu voir Baye Lahat mettre fin et de façon
énergique aux sévices de ces " conférenciers
publics " appelés " diwaan kat " Ces marchands
d'illusion fondaient leur subsistance sur l'exploitation de
la crédulité populaire. Par leur discours pernicieux,
ils forçaient la générosité du talibé
moyen en lui faisant miroiter l'accès facile au Paradis
(même en tordant allégrement le cou aux principes
de l'Islam), pourvu seulement qu'on fasse acte d'allégeance
à Serigne Touba. A l'évidence Serigne Abdoul Ahad
ne pouvait permettre que puisse prospérer une telle supercherie,
au demeurant très préjudiciable à l'image
du Mouridisme et de la Communauté elle-même.
On comprend que tous ses discours soient l'occasion de réaffirmer
au passage, haut et fort, l'authenticité du message de
Serigne Touba qui n'est autre que l'orthodoxie musulmane dans
le sillage de l'Elu (P.S.L.) L'on n'est point surpris de la
récurrence dans ces discours des références
à la Vérité telles que le Coran les énonce.
Nous nous souvenons par exemple que, pour rétablir l'ordre
à propos de l'utilisation qui était faite par
certains de la Grande Mosquée, sa base argumentaire a
été cette citation du Coran : "
Wa xul jaacal haqu wa za haqal baatilu innal baatila kaana za
huqan. " La vérité et le mensonge
ne sauraient cohabiter.
Par la parole persuasive et par l'exemple incitatif, Baya Lahat
a explicité avec une rare réussite, la doctrine
du travail rédempteur professé par son illustre
père. Sans risque d'être démenti, nous pouvons
affirmer que c'est son discours et son exemple qui ont insufflé
aux disciples mourides cet esprit combatif avec lequel ils vont
à la conquête du monde.
En multipliant les daaras, il a contribué à accentuer
l'orientation de la communauté vers l'étude, la
recherche de la connaissance car c'est seulement à cette
condition qu'on peut rendre à Dieu le culte qui lui est
du. Et, dans son esprit, il l'a clairement dit dans un de ses
sermons, la connaissance ne peut profiter qu'à ceux qui
ont, " chevillé au corps ", l'amour de la vérité,
pour la seule face de Dieu. Par exemple, le musulman, cinq fois
par jour au moins, se tourne vers l'est pour les besoins des
prières obligatoires. Cela présuppose qu'il reconnaît
que Dieu est un et qu'il seul maître de la création,
que Muhammad (P.S.L.) est le sceau des Prophètes et,
qu'inéluctablement, le jour du jugement dernier arrivera.
Cela est d'ailleurs la quintessence de la profession de foi
que le musulman énonce au moins deux fois dans le "
taya " au cours de chaque prière : "
wa ash hadu ana lazi jaaca bihi Mouhamadan haqun wa anal janata
haqun wa ana naara haqun wa ana siraata haqun wa ana saahata
aatiyatun la rayba fihaa wa ana laaha yab ha su man fil xuboori
" [J'atteste que le Message du Prophète
Muhammad (P.S.L.) est véridique, que le Paradis est véridique,
que l'enfer est véridique, que " Siraat " est
véridique, que le Jugement dernier aura lieu sans nul
doute. Fort de cette conviction, Serigne Abdoul Ahad, chaque
fois qu'il en a l'occasion, invite les musulmans à se
souvenir de cette profession de foi qui ne doit pas seulement
rester au stade de formule proférée par la langue
mais intégrée dans le vécu quotidien. Que
nos actions, nos paroles, nos intentions, tout comme nos vux
pour notre prochain soient illuminés de la lumière
de la Vérité pure car viendra un jour où
tout le monde rendra compte.
Une autre facette de la riche personnalité de Baya Lahat
est, en parfait conformité avec les enseignements de
Cheikh Ahmadou BAMBA, son parfait ancrage dans les valeurs du
terroir, du moins dans ceux de leurs aspects qui ne heurtent
pas l'Islam. Ainsi, sans exagérer, on peut souligner
sa grande fierté à appartenir à l'espace
culturel négro musulman. Le Coran a établi qu'en
Islam, la seule hiérarchisation des hommes qui vaille
se définit comme une fonction directe de la crainte révérencielle
de Dieu, à l'exclusion de tout autre critère,
surtout ceux tenant à la race, à la naissance,
à la fortune ou au rang social. Ceux des hommes qui sont
considérés comme étant les meilleurs sont
ceux qui se signalent par la profondeur de leur respect des
principes énoncés par Dieu. Dès lors Cheikh
Abdoul Ahad, comme on l'appelle aussi en signe de respect pour
sa grande érudition, nous enseigne que nul complexe d'infériorité
ne doit nous habiter face à l'Arabe sous le prétexte
que l'Islam a été révélé
aux hommes dans sa terre et que sa liturgie s'exprime dans sa
langue ; le blanc ne nous est pas supérieur et nous nous
garderons bien de le singer d'autant plus que ses valeurs de
civilisation, par bien de leurs aspects, sont incompatibles
avec notre foi. Considérons donc, toujours selon Serigne
Abdoul Ahad, que nous sommes des négro africains qui
s'assument fièrement tels qu'il a plu à Dieu de
les créer. Nous pratiquons sans complexe aucun l'Islam
qui est un message universel qu'aucun peuple ne peut s'approprier
exclusivement.
Nous appréhendons maintenant le fondement culturel du
comportement du mouride. Celui là revendique son islamité
à part entière, mais une islamité exempte
de toute forme d'inféodation à des schémas
ou modèles pan arabes. Il est un musulman orthodoxe qui
donc fonde sa pratique sur la Sunna de l'Elu (P.S.L.) qu'au
demeurant Cheikh Ahmadou BAMBA a réhabilitée dans
toute sa splendeur, dans toute son authenticité. Son
habillement ne sera pas d'inspiration arabe ou autre, mais sera
africain et surtout musulman. C'est à dire que cette
vêture respectera à la lettre les canons édictés
par l'Islam : ni étriquée, ni courte, ni transparente,
ni taillé dans des tissus prohibés, comme par
exemple la soie pour les hommes. Le vêtement remplira
sa fonction, à savoir, couvrir le corps en assurant la
décence et être suffisamment fonctionnel pour permettre
de faire la prière de façon réglementaire
et le travail sans être gêné aux entournures.
Et voilà ainsi décrit le fameux " baye
lahat ", que Baye Lahat a évidemment mis au
point et qui est devenu sans conteste, le costume par excellence
du mouride, en tout cas, un de ses signes distinctifs à
côté du " makhtou ".
Encore aujourd'hui, c'est avec une émotion indicible
que nous évoquons la sympathique silhouette de Cheikh
Abdoul Ahad, invariablement habillé d'un superbe "
baye lahat " taillé dans du tissu basin, la tête
emmitouflé dans un épais turban fait de la même
étoffe et les yeux protégés par d'élégantes
lunettes noires. Le portrait est complété par
l'exemplaire du saint Coran qu'il tient toujours à sa
main droite et par le chapelet enroulé au poignet de
la même main.
Cette vêture sobre, à la limite austère,
est le meilleur signe de la répulsion du luxe et des
mondanités d'un homme qui pourtant disposait des moyens
les plus fantastiques pour mener une vie fastueuse. C'est un
homme qui au cours de son magistère a eu à brasser
des sommes colossales évaluées à des milliards
de francs et qui avait le loisir de s'en servir à sa
guise sans craindre aucune forme de contrôle, sans encourir
une quelconque contestation. Pourtant, il n'a jamais confondu
son avoir personnel et les contributions des talibés
qu'il a entièrement et intégralement investis
dans le " travail de Serigne Touba. "
Bien qu'il ait été ravi à notre affection
depuis juin 1989, les sermons qu'il nous a laissés et
qui sont encore d'une brûlante actualité et d'une
acuité indéniable, continuent d'être une
source d'inspiration privilégiée pour les mourides.
Ces sermons ont la particularité d'être structurés
comme de véritables dissertations. Ils en ont la structure
dialectique, la rigueur scientifique du raisonnement, la clarté
de l'exposé et le pouvoir de persuasion. Leur base argumentaire
est invariablement le Coran, les Hadiths, les Qaçaïds.
Comme Serigne Abdoul Ahad maîtrise à merveille
les subtilités de la langue wolof et que son génie
est amplement nourri par la sève de la sagesse du terroir
(Cayor et Baol) et le bon sens paysan, c'était un réel
plaisir d'entendre parler ce monument de l'éloquence.
Ce n'est donc pas surprenant que ces sermons aient été
rassemblés, classés par centre d'intérêt,
transcrits et traduits pour les besoins de leur édition
sous forme de recueils, en vue de leur publication. On peut,
à coup sûr, y trouver réponse à toute
forme d'interrogation pour conduire sa vie de talibé.
Parlez à un mouride et il y a de fortes chances que,
pour étayer son argumentaire, il cite des extraits de
sermon de Serigne Abdoul Ahad. L'on est frappé par la
pertinence, l'à propos, la portée et la force
de persuasion de ces succulents discours qui, rappelons-le,
ont pour dénominateur commun l'expression sans aucune
complaisance, dans la plus pure langue wolof, de toute la force,
de toute la vérité du Coran.
" Gnakk Caaxaan " est un autre surnom par lequel Serigne
Abdoul Ahad a été, de façon fort éloquente,
désigné pour signifier que tout en lui exècre
les faux-fuyants, la simulation, la dissimulation, la duplicité.
On rapporte que, ce surnom, il l'a apprécié très
positivement, comme un hommage à son amour de la vérité,
autrement dit, à son attachement indéfectible
au legs de son Père et de ses illustres prédécesseurs
au Khalifat.
L'ardeur, l'opiniâtreté, et, surtout, le génie
qu'il mettra à améliorer et à fructifier
ce legs lui ont valu le prestigieux pseudonyme de BATISSEUR.
D'une grosse bourgade rurale, il a fait en quelques années,
une cité moderne en pleine expansion. Avec lui, Touba
est devenu un vaste chantier en perpétuel devenir.
- Pour les besoins de la fluidité de la circulation,
surtout en période de Magal, l'axe qui relie Touba à
Mbacké est transformé en une superbe autoroute,
puissamment éclairée la nuit par une batterie
de lampadaires très performants. Dans le même ordre
d'idées, la ville est ceinturée par une rocade
afin d'assurer un rapide dégagement des véhicules
qui, autrement engorgeraient l'agglomération.
- Les rues son tracées de façon rectiligne dans
le cadre d'un lotissement scientifiquement mené. Certains
de ces axes sont bitumés au grand bonheur des usager.
Le lotissement a permis la viabilisation de près de 120
000 parcelles à usage d'habitation et qui ont été
attribuées de façon absolument gratuite et sans
discrimination aux demandeurs qui se sont manifestés.
La seule conditionnalité exigée est de mettre
en valeur le terrain reçu et de s'y installer effectivement.
- Pour l'approvisionnement en eau, de nombreux forages sont
réalisés et équipés, parallèlement
à un important réseau d'adduction. Ainsi, la pression
de la demande pendant les Magal et autres célébration,
est considérablement allégée.
- La Grande Mosquée est l'objet d'importants travaux
d'extension. Pour un milliard et demi, la capacité d'accueil
de l'édifice passe pratiquement du simple au double grâce
à l'aménagement d'espaces bien aérés,
confortables et propices au recueillement. Parallèlement,
la sonorisation est améliorée de façon
à permettre aux fidèles de suivre de très
loin, la liturgie. Les aires d'ablution sont multipliées
et rendues plus fonctionnelles.
- De nouveaux cimetières dotés de toutes les infrastructures
nécessaires à leur fonctionnalité sont
installés à l'est de la cité, sur les bords
de la route de Ndindy.
- Aïnou Rahmati, le Puits de Miséricorde est modernisé.
Une puissante pompe d'un débit de 30m3/heure est installée
pour alimenter un château d'eau d'une capacité
de 50 000 m3. Pour l'usage des pélerins, 28 robinets
sont posés. Ce nombre n'est pas innocent : il symbolise
la somme arithmétique des valeurs de chacun des caractères
arabes qui servent à écrire TOUBA. Pour comprendre
cet aspect de la question, sachez qu'en arabe chaque lettre
de l'alphabet est associée à un nombre qui représente
sa valeur, de telle sorte la somme des valeurs des lettres qui
composent un mot a une valeur indicative quant à l'appréciation
du poids mystique de la réalité décrite
par ce mot. 28 est donc le chiffre de TOUBA et on le retrouve
très souvent dans le traitement de beaucoup de question
touchant à la vie de la cité.
- Pour abriter les écrits du Cheikh et les trésors
inestimables que constituent les nombreux exemplaires du Coran
dont la ville dispose et dont la richesse est faite de la diversité
de leur origine comme la grande variété de leurs
styles de calligraphie, Serigne Abdoul Ahad a érigé,
à l'est de la Grande Mosquée une superbe Bibliothèque
équipée de moyens sophistiqués de reprographie
et d'une imprimerie ultra moderne. Un conservateur de très
haut niveau gère ce précieux patrimoine qui compte
des ouvrages venus de tous les coins du monde musulman sans
parler des écrits des grands cheikhs du mouridisme.
C'est en hommage à son amour avéré pour
les livres et le Coran en particulier que ce haut lieu a été
choisi pour abriter son mausolée.
- L'imposante Résidence Cheikhoul Khadim, à l'ouest
de la Mosquée est en principe " la résidence
de fonction " du Khalife. En tout cas il abrite les cérémonie
officielles lors des grandes célébrations.
- La Grande Université Islamique qui se situe au croisement
de la Rocade dénommée " 70 " et la route
de Daaru Khafoor, face au quartier Touba Madiyana, fait la fierté
du monde musulman noir.
- L'esplanade de la Grande Mosquée qui abrite les prières
des jours de Korité et de Tabaski a été
rénovée et dotée des équipements
nécessaires à la fonction qui lui est dévolue.
- Le marché central est modernisé et doté
des installations adéquates. Ce marché dénommé
OCAS a acquis un grand renom dans la sous région.
- La ville est pourvue d'un hôpital et d'autres centres
de santé pour soulager les populations.
- La construction d'une gare routière amis en partie
fin à une certaine anarchie dans le secteur du transport
interurbain.
-Pour la sécurité publique et pour lutter contre
la délinquance, un poste de Gendarmerie est implanté.
En effet, victime de sa réputation de ville refuge, Touba
était devenu le sanctuaire de tous les malfrats en rupture
de ban et des trafiquants de tout acabit. Serigne Abdoul Ahad
allait y mettre bon ordre. Viscéralement attaché
à la sauvegarde de l'héritage placé sous
sa responsabilité, Baye Lahat a entrepris une croisade
impitoyable contre les vices qui avaient commencé à
gangrener la ville sainte. Ainsi, une guerre sans merci est
livrée aux contrebandiers, aux trafiquants et aux consommateurs
des drogues, à l'alcool, au tabac, bref, à tous
les marchands de mort qui attisent par leurs méfaits
les foyers de la délinquance, ces vecteurs qui mènent
infailliblement à la damnation éternelle. Nous
lui devons le fait que Touba ait donné corps au slogan
" ville sans tabac ", en référence
à cette journée mondiale sans tabac qui chaque
année, voit la Communauté Internationale demander
aux hommes de bien vouloir s'abstenir d'user de tabac, le temps
d'une journée.
L'on ne saurait clôturer ce chapitre, loin d'être
exhaustif, des réalisations de Baye Lahat sans évoquer
au passage, la densification du réseau téléphonique
et de l'électrification de la ville. C'est avec lui qu'a
commencé le processus qui allait valoir à l'agglomération
de Touba l'honneur d'être déclaré cité
modèle et surtout d'être reconnue comme la
seule ville sans bidonville du monde.
Incontestablement, Baya Lahat a laissé une empreinte
indélébile dans la ville de Touba, tout comme
dans le cur des mourides. Nous ne pouvons considérer
comme un fait anodin l'avénement du XVème siècle
de l'ère musulmane pendant son magistère. Pour
nous c'est le signe prémonitoire de la marque profonde
qu'il a imprimée sur la Communauté en général
et la ville de Touba en particulier.
A sa disparition, le 19 juin 1989, il a laissé
une cité en plein essor et une communauté résolument
soudée, mobilisée autour du culte de l'Unique.
L'uvre et l'enseignement de Serigne Touba, désormais
vulgarisés aux quatre coins du monde, illuminent le cheminement
des fidèles sur la route de la recherche de l'agrément
du Seigneur par l'intermédiation du service rendu au
Messager Ultime (P.S.L.) Le mensonge s'en est allé et
la vérité s'est installée à demeure.
Une conscience claire des tenants et des aboutissants de sa
mission a toujours habité Cheikh Abdoul Ahad. N'a-t-il
pas dit dans un sermon mémorable : "Au plus
profond de moi, je sais avec pertinence que sur ce fauteuil
que j'occupe, j'attends la mort qui, de façon inéluctable
surviendra un jour. Et, un individu sensé, qui donc sait
pertinemment que cette mort est une fatalité, ne peut
pas avoir le loisir de nourrir des intentions mauvaises ou de
commettre des actes répréhensibles. Il ne doit
surtout, ni les commanditer ni les cautionner. "
Nul doute que son Maître se félicite d'avoir investi
ses espoirs dans ce grand héros de l'Islam. Nous sommes
persuadés qu'au Paradis où il a rejoint le Cheikh,
l'Elu (P.S.L.) lui fait fête en raison du travail colossal
qu'il a accompli pour le triomphe de la Vérité.
Quant à nous, le meilleur hommage que nous pouvons lui
rendre, la preuve la plus éclatante de notre reconnaissance
à son endroit, ce sera de faire nôtre ses propos
que voici : "Il faut que chacun d'entre vous sache
que ma résolution est la suivante : je choisirai de me
taire de sorte que vous n'entendiez plus ma voix, plutôt
que de vous tenir un discours qui, après analyse de votre
part, ne débouche pas sur votre profit ici bas ou sur
votre salut dans l'au-delà. "
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